dimanche 26 septembre 2010

Ne jamais oublier les beaux moments...


Mon coeur battait un peu plus vite que d'habitude... pourtant je ne faisais que signaler un appel. Quatre sonneries plus tard, la voix du message. Je raccroche.

Depuis neuf jours, mon coeur n'a de yeux que pour Normand. Je retrouve l'homme exceptionnel avec qui je vis, je mange et je dors depuis plus de vingt neuf ans. J'oubliais parfois qu'il existait quand je me cachais dans ma bulle. Mais les vacances a Ogunquit... la mer, le soleil, le sable et le nez dans un livre, tout n'est que bonheur. Aucun nuage dans mon ciel interieur.

Pourtant ce soir, je vis une profonde émotion mais tout en douceur. Il y a 48 ans, le 26 septembre 1962, je devenais maman pour la première fois. On ne peut et on ne veut jamais oublier de si beaux moments.

A 22h15, nouvel appel. Il n'y avait personne. Cette fois, j'ai laisse un message sur le repondeur. 

  BON ANNIVERSAIRE MICHEL!
Merci d'être là... Je t'aime.
Maman xox

Ogunquit, Maine, USA 

samedi 18 septembre 2010

Un deuil de courage et d'espoir...

Une balançoire l'attend mais elle ne viendra pas... Jeudi, à 14h30, une grande douleur les a anéantis. Ils ont su qu'ils devaient commencer leur deuil. Un deuil difficile et souffrant. Un deuil de colère, de révolte et de blessures profondes. Mais aussi, un deuil de courage et d'espoir. Enfin, un deuil sans funérailles!

Ils avaient tant d'amour à donner et à recevoir... Un couple heureux, sans histoires. Des parents comblés. Une fille unique qui faisait leur fierté. Puis, en novembre 2004, ils avaient reçu le plus beau cadeau qu'ils pouvaient espérer. Cette journée-là, ils étaient devenus grands-parents.

Les jours coulaient lentement. Les grands-parents s'émerveillaient comme des enfants. Ils vivaient un bonheur pur et simple. Cet adorable bébé devenait doucement une gracieuse petite fille. Ils avaient toujours eu le bonheur facile et leurs rires étaient contagieux. Mais là, chaque instant était magique. Dès qu'elle apparaissait, ils recevaient une grosse bouffée d'adrénaline. De sa petite voix, leur petite-fille qui n'avait pas encore quatre ans, criait en les voyant... « Grand-maman! Grand-papa! » C'était leur fleur, leur parfum.

Pourtant, un jour, ils s'étaient retrouvés assis devant un avocat. Elle en pleurs, lui atterré. Ils avaient raconté leur triste histoire... Six mois plus tard, après trois jours d'audience, madame la Juge, en décembre dernier, leur avait accordé des droits d'accès à leur "Petite Princesse". Ils avaient été meurtris, déçus et choqués.
C'était si peu. Trois heures par mois seulement. C'était cruel. Mais ces quelques heures seraient des heures de bonheur. Enfin, des jours heureux s'annonçaient.

Ils avaient fait des projets pour leurs sorties avec leur petite-fille. Mais, ils ont vite compris que leur fille et son mari ne respecteraient jamais le jugement. Après neuf mois, tout le monde était, une fois de plus, réuni devant le tribunal... Ils ont entendu des mots pour blesser, des mots pour faire mal. Est-ce cela, le prix à payer pour l'amour? Madame la Juge a déclaré qu'elle étudierait le dossier avant le prononcé du jugement.  

Après deux années passées à se battre pour leur droit, pour préserver ce lien si important qui unit un enfant à ses grands-parents, ils sont démolis. Ils ont parfois peur qu'elle les oublie... Jeudi à 15h20, j'ai reçu ce courriel. « Bonjour Sue. Notre voyage en enfer vient de se terminer à jamais... Pour le bien de notre petite-fille c'est mieux ainsi. Son bonheur est plus important que tout... Peut-être qu'un jour, elle voudra nous retrouver... J & A

Un jour, leur petite-fille, comme un joli papillon, aura le goût de la liberté et volera vers ses grands-parents. Seul leur courage, leur détermination et leur force, les aideront à toujours gardez confiance et espoir.  

« Puisqu'on ne peut changer la direction du vent,
il faut apprendre à orienter les voiles.»
James Dean

dimanche 12 septembre 2010

Être amies...

Un dimanche d'été à St-Gabriel-de-Brandon en 1952.
Tante Alice, tante Mariane, Mme Simard et maman (de dos).
Mon frère Claude 12 ans, et ma petite soeur Marcelle 3 ans.
Francine et France (à gauche)  - Lise (assise) et Sue.

Je ne l'avais jamais vue avant cette journée-là. Ses grands yeux bruns et ses longs cheveux foncés, attachés en une seule grosse tresse qui lui pendait dans le dos, avaient attiré mon attention.  Une semaine plus tard, lorsque la cloche sonna la fin de la journée, nous sommes sorties de notre classe de 2ème année B, et comme tous les jours, nous avons marché ensemble. C'était en 1950, nous avions toutes les deux sept ans. Ainsi, commença une longue amitié.

Ce matin, je n'ai pas faim. C'est la rentrée scolaire. Mon amie Lorraine m'attend et ma cousine Francine nous attend devant sa porte. Nous marcherons ensemble et Lise nous rejoindra à deux rues de là. Dans la cour d'école, le bruit des voix se mêle à notre anxiété. Soudain c'est le silence. La cloche a sonné. On reprend les rangs de l'année passée. Deux religieuses et une institutrice tiennent dans leurs mains la liste des noms des élèves qu'elles appelleront. Elles ont l'air sérieux peut-être qu'elles sont inquiètes comme nous.

L'angoisse monte à chaque nouveau nom. Lorraine a été appelée, Lise et moi attendons. Je serai en 4ème année A dans la classe de Mlle Boulanger avec Lorraine, mais je cherche Lise. Il manque trois élèves pour compléter notre groupe et j'entends Lise M..  Nos nerfs se relâchent, nos sourires s'élargissent. Nous serons de nouveau ensemble, comme en 1950, pour l'année scolaire 52-53.

Depuis ce début d'été 52, nous sommes inséparables. Nos trois belles semaines passées avec Francine au  camp d'été à St-Gabriel-de-Brandon, restent inoubliables. Nos parents sont venus nous visiter, nous les attendions impatientes puis, tout à coup, ma cousine avait crié en voyant l'auto noire de son père monter la côte. Nos mamans et tante Alice étaient là avec quelques gâteries, mais les parents de Lise n'étaient pas venus... tout comme l'année d'avant. Elle est restée avec nous, maman savait que c'était ma meilleure amie. Cette été là, nous avons fêté nos neuf ans.

Lise est l'aînée d'une famille de sept enfants dont les deux derniers bébés ont quinze mois et deux mois. Toute la journée, les couches s'accumulent dans une chaudière. En rentrant de l'école, Lise s'installe au lavabo de la cuisine pour le lavage des couches qui se fait à la main. Quand cette corvée est finie, elle peut jouer. Souvent, après l'école, je me rends chez elle pour l'aider... mais, quand nous avons terminé, il est trop tard pour jouer. Je dois rentrer aider maman, c'est l'heure du souper. J'amuse mes deux petites soeurs qui ont trois ans et dix-huit mois ou je mets la table. C'est comme ça que nos années d'enfance ont passé.

L'année de nos onze ans, nous avons pleuré parce Lise déménageait. Parfois, le samedi, je partais en courant pour aller lui rendre une petite visite.... sans le dire à personne. Après sa septième année, à l'âge de treize ans, ses parents lui avait dit qu'elle ne retournerait plus à l'école. Elle devait maintenant rester à la maison pour aider sa mère qui attendait son dixième enfant. En mai, ils quittèrent leur logement de Montréal pour une maison à la campagne. Lise est partie pour Mascouche les yeux humides. Nous ne fêterions pas nos 14 ans ensemble...

Mais pendant trois semaines en juillet, tous les jours, Lise descendait en auto jusqu'au bureau de son père où je la rejoignais. Ensemble, on partait à la recherche d'un emploi d'été car nous avions un rêve à réaliser. Il y avait une seule condition pour qu'on accepte l'emploi, on devait nous engager toutes les deux. Durant cet été 57, nous avons mis des olives dans les pots, faufilé des doublures de manteaux et collé des semelles aux chaussures. Pour mon amie, ces trois semaines furent des vacances. Nous avions réalisé notre rêve d'été. Avoir, comme les autres filles de notre âge, une paire de jeans bleu pâle et des souliers "Pat Boone".

À l'automne, nous avons commencé à correspondre, mais dans nos lettres que son père interceptait et lisait, nous ne pouvions jamais parlé des garçons. On écrivait qu'on s'ennuyait, on se racontait nos rêves d'avenir et on inventait des histoires pour se rendre plus intéressantes. Notre adolescence était tissé de petits mensonges et de cachotteries. On devait croire que l'avenir serait meilleur pour nous...

En 1960, nous nous sommes mariées, nous avions 17 ans. Son premier bébé est né en décembre et à l'âge de 21 ans, elle était maman de quatre beaux enfants. L'année suivante, elle est tombée malade, a quitté son mari et a divorcé. Pour Lise qui était maintenant la seule responsable de ses quatre enfants, une décision s'imposait. C'est dans les creux qu'on apprend à se battre, qu'on découvre à quel point on est fort et brave, et combien on a la foi. Mais pendant qu'elle essayait de survivre, il y a eu une longue parenthèse. J'ai souvent pensé à elle, j'ai eu parfois peur qu'elle soit morte... Sept ans sans nouvelle c'est très long!  Puis, un soir d'été, j'ai reçu un appel, c'était elle. Deux heures plus tard, nous étions assises ensemble comme si on se retrouvait après trois semaines de vacances. Elle avait un nouveau conjoint et un petit garçon de trois mois dormait à poings fermés dans la chambre bleue d'à côté. Ce fut son cinquième et dernier bébé. C'était l'été 72, nous avions 29 ans.

Les deux petites filles devenues des femmes avaient des opinions différentes. Il y a eu des temps de crise, des petites pauses de quelques jours et même un peu plus mais rien pour entacher notre amitié. Nous étions des soeurs de coeur, des amies, des confidentes. On avait rêvé longtemps, maintenant, rien ne pouvait nous arrêter. Nos vies nous appartenaient, et nous avions fait de très beaux projets pour notre retraite.

Depuis deux ans, je suis en pause avec ma meilleure amie... Le rejet par mes enfants a transformé ma confiance en méfiance et intolérance. Un soir de janvier 2009, j'ai appelé mon amie qui rentrait de vacances pour lui annoncer la plus belle nouvelle. « Lise, après deux ans sans le voir, Th m'a appelé le premier janvier... » Je pensais entendre : « Je suis si contente pour toi, tes enfants n'avaient pas le droit de faire ça. » Mais, elle a répondu : On a pensé que tu avais dû faire quelque chose... Quand ta meilleure amie pense comme ça, qu'est-ce que les autres doivent penser?
Ce n'est pas ce qu'elle a dit qui m'a blessée, c'est ce qu'elle n'a pas dit...  Fêterons-nous nos 60 ans d'amitié cette année? Ce soir, je l'ai appelée, j'avais le goût de l'amitié. Il n'y avait personne.

J'ai écrit mon premier billet le 12 septembre 2009. "Lettre à mon extraordinaire petite-fille". Un an plus tard, ce billet sur l'amitié me rappelle tout le chemin parcouru...

Ma petite fenêtre ouverte a laissé entrer 
des cadeaux emballés dans la richesse et la tendresse de vos mots.  
Je vous remercie!

mardi 7 septembre 2010

Un grain de riz pour Grimimi

Th et Merlin chez Grimimi

Dès qu'ils se sont vus, on aurait dit des aimants. Th s'est écrasé par terre et Merlin est arrivé en courant. Je les regardais jouer, s'amuser et je comprenais la place importante que chacun tenait dans la vie et le coeur de l'autre. Après ces quelques minutes réservées, on a commencé à parler.   

Puis Ottawa? - Pas piiiire... -  As-tu visité le Musée des civilisations? - Oui, mais j'aurais aimé mieux visiter le Musée de la guerre...  mais j'ai aimé le Musée de l'aviation.  As-tu fait autre chose? - Je me suis baigné tous les jours dans la piscine de l'hôtel et on a aussi visité *le marché By. C'est rempli de magasins, de boutiques, de restaurants. T'aimerais ça Grim. 

Et là, il m'a tendu un petit collier. Tu m'as acheté un cadeau... c'est ben beau! Viens ici que j'te donne un beau bec chinois, t'es trop fin. Grim, c'est un chinois qui me l'a vendu, regarde à l'intérieur, c'est un grain de riz. Une petite ampoule transparente, suspendue sur une lanière de cuir, contient un grain de riz sur lequel est écrit "Grimimi".  Je l'ai tout de suite passé par dessus ma tête. C'était léger et en même temps, c'était lourd de bonheur. Th a le même petit collier mais son nom est écrit sur un grain de riz bleu. Nous sommes sortis sur la terrasse pour immortaliser ce merveilleux moment qui faisait de moi la plus heureuse des grands-mamans. Merci Th pour ce précieux cadeau. Tu es un vrai coeur.

Son papa était là. Il attendait dans l'auto avec la maman de Th. Il est monté une quinzaine de minutes plus tard chercher Th et Merlin. Nous avons parlé du voyage et j'ai été à deux secondes de lui demander s'il accepterait une invitation à souper pour souligner sa fête, 48 ans, le 26 septembre... J'aimerais tant lui donner quelques becs chinois et lui faire un gros câlin... Je le ferai, j'ai encore du temps devant moi.

*Fondé en 1826 par le lieutenant-colonel John By, le marché By est l'un des plus grands et des plus vieux marchés publics du Canada. Le légendaire bâtisseur du canal Rideau, le colonel By lui-même a conçu le plan des rues du marché, dessinant les rues George et York pour qu'elles soient plus larges afin d'accomoder la création d'un marché et d'un lieu de rencontres publics.


samedi 4 septembre 2010

Un sens à la vieillesse!

Site des Moulins de l'Île-de-la-Visitation
en opération de 1726 - 1960

Depuis deux semaines, le rendez-vous était pris et toutes les deux nous avions très hâtes de nous rencontrer. C'est sur la terrasse d'une maison historique (1727) devenue Bistro-terrasse, située dans un écrin de verdure, et aménagée en surplomb des cascades de la rivière des Prairies que nous nous sommes installées.

Aujourd'hui, j'ai beaucoup repensé à notre rencontre d'hier et j'en garde de très beaux souvenirs. Je me suis retournée, tu étais là. Notre premier regard, nos sourires... la joie! Puis, la terrasse invitante recouverte de jolis parasols, l'eau venant de la rivière bouillonnait en descendant en petites chutes et enterrait parfois nos voix. Rien ne viendrait briser cette douceur dans cette chaleur humide du 2 septembre 2010. Nous avons simplement changé de place et continué notre conversation en échangeant nos petits cadeaux avec émotion. On dégustait notre saumon fumé et sirotait le demi-litre de vin blanc à petites lampées tout en racontant... des choses que tu savais déjà et soudain mes pleurs.

Des larmes, prises en otage, se libéraient au même moment où j'ai prononcé son nom. « Je ne sais pas si Jo viendra demain? - Pourquoi? - C'est notre "Vendredi Heureux".» - Tu vois, pour moi c'est simple. - « Les enfants donnent un sens à notre vie et les petits-enfants donnent un sens à la vieillesse.» 

Je me sens encore jeune... Assez pour prendre du vin sur une terrasse un bel après-midi de fin d'été et pour marcher dans un parc-nature même si la température est accablante. Mais, si j'ai perdu une grosse partie de ce qui donnait un sens à ma vie et qu'en plus on m'enlève mes petits-enfants qui donnaient un sens à ma vieillesse, on dirait que là, d'un coup, je me sens vieille. C'est très important la continuité, je dirais que c'est une espèce de locomotive qui nous traîne.

Aujourd'hui, vendredi entre 16h00 et 16h30, j'ai tellement espéré. Il y en a eu de la morve au nez et j'ai encore les yeux gonflés, mais ça n'a rien donné. C'était mon premier "Vendredi Heureux où je n'allais pas attendre Jo devant sa porte... Personne n'a appelé.

Vers 17h00, le téléphone a sonné. J'ai dit à Normand de répondre que je rappèlerais dans quinze minutes, le temps de mettre mon masque. C'était Th et j'ai pris l'appel. Avec mes petits-enfants, je peux passer des larmes au rire en un instant. Samedi matin, Merlin, le petit Yorkshire de Th arrive. Il  passera le congé de la Fête du travail avec nous. Th aurait aimé rester lui aussi, il insistait mais ses parents voulaient qu'il passe ce long congé en famille...  Aller à Ottawa ça ne l'intéressait pas.

Mademoiselle Alice, notre chatte, ne connaît pas encore la bonne nouvelle.


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