jeudi 25 février 2010

Ithaque ou Le long voyage...


traduction et adaptation de Sarah Ban Breathnach
à l'intention des femmes
Ithaque
par Constantine Peter Cavary, poète grec

Prie que ton voyage soit long,
rempli de matins d'été
où, avec un plaisir et une joie immenses,
tu jettes l'ancre dans des ports inexplorés.
Furète dans les marchés phéniciens
pour acheter des trésors exquis -
nacre et corail, ébène et ambre,
parfums capiteux de toutes sortes -
tout ce que tu désires.
Visite plusieurs villes égyptiennes,
heureuse de t'asseoir aux pieds des sages,
curieuse et avide d'apprendre.
Garde toujours Ithaque à l'esprit.
L'atteindre est ta destinée.
Mais ne te précipite pas; sois patiente.
Mieux vaut que le voyage dure plusieurs années,
plus longtemps même que tu peux l'imaginer.
Afin que, lorsque tu parviendras enfin
à l'Ile sacrée, tu sois une femme sage,
riche de tout ce que tu auras acquis en route.
Tu n'attendras plus alors de trouver fortune à Ithaque;
tu n'auras plus besoin d'y trouver fortune.
Ithaque t'a offert le voyage intérieur,
la chance de découvrir la femme que tu as toujours été.
Jamais, sans son inspiration,
tu n'aurais entrepris ta quête de plénitude.
Même si tu la trouves pauvre, Ithaque ne te décevra pas.
Car tu seras devenue toi-même, remplie de sagesse,
de beauté et de grâce,
enrichie et éclairée par toutes tes expériences.
Tu comprendras enfin le sens
de toutes les Ithaques de ta vie.

Ce magnifique chant d'encouragement à l'intention de ceux et celles qui entreprennent le long voyage de la découverte de soi est souvent interprété comme une élégie. Mais, il est encore plus puissant quand il est vu comme une aspiration de notre périple personnel. Ithaque était la patrie bien-aimée d'Ulysse, le légendaire héros grec. Après avoir joué un rôle de premier plan dans la guerre de Troie, Ulysse a parcouru le monde pendant dix ans, vécu une foule d'aventures, relevé des défis et assimilé des leçons qui l'ont profondément transformé. Aujourd'hui, le terme « odyssée » signifiant Ulysse - désigne un long voyage souvent épuisant, passionnant et difficile, qui métamorphose la personne qui l'accomplit.

Notre odyssée intime est la recherche de l'authenticité

mardi 23 février 2010

Fais-moi rire Th!

Photo prise en 2001 - Th fait rire Grimimi...

Est-ce que d'être allée visiter mon intérieur profond m'a donné cette difficulté à réintégrer l'extérieur. Je ne le sais pas mais chose certaine quand Th m'a appelée vendredi soir, je suis retombée vite sur mes deux pieds.
C'est vers 19h30 qu'il m'a téléphoné et ses premières paroles ont été « Grim, je veux te dire deux choses. Premièrement, je te remercie d'être venue avec Gripouille à la dégustation aujourd'hui. Deuxièmement, je te remercie d'avoir apporté mon argent. » J'ai répondu : « Nous avons passé un très bel après-midi et vous nous avez vraiment épatés. Son école avait organisé une dégustation de mets internationaux représentant 26 pays. Cette activité faisait partie d'un cours pour les élèves de 4ème année. Chaque groupe affichait des maquettes du pays qu'il représentait, donnait des signets qu'ils avaient faits eux-mêmes et offrait des bouchées préparées avec l'aide de leurs parents ou grands-parents. Ces jeunes de neuf et dix ans étaient disciplinés/es, connaissaient bien le pays et nous servaient avec plaisir et un beau sourire. Son groupe représentait le Japon, et j'avais eu le privilège, lors de l'invitation, d'être assurée d'avoir deux signets... Merci à l'administration, aux professeurs/es, aux élèves et à toutes les personnes impliquées dans ce projet ambitieux. C'est un défi relevé...avec mention d'excellence.

Revenons à notre conversation... après les remerciements. Je connaissais son programme après l'école. Il allait, avec son père, chez le coiffeur et en sortant c'est chez Future Shop qu'il achèterait son IPod Touch. Puis, je lui demande : « Le coiffeur... et le IPod Touch» et là il commence son récit mais je l'ai interrompu parce que c'était trop drôle. Je lui ai dit: « Th, "Fais-moi rire" » et c'était reparti... « Grim, le coiffeur... il m'a lavé les cheveux, puis il a commencé à les couper, il a mis encore un peu d'eau et couper encore un peu... c'était lonnnng, ça finissait plus. Grim, c'était une vraie limace... ça pris 45 minutes.
Après, on est allé acheter mon IPod. Grim, tu vas voir, c'est super! J'vais te montrer comment, c'est facile.» Moi je savais pourquoi il avait trouvé ça si long. Un enfant de neuf ans attend depuis le dimanche précédent son nouveau jouet, la semaine est longue. Lors du Tournoi de hockey, son ami avait un jeu avec lequel il pouvait écouter de la musique, faire des jeux, calculer et + encore. Th a demandé à ses parents de lui en acheter un. Mais la réponse a été : " Nous, on ne paie pas pour ça. Tu as de l'argent, prend la! ". J'ai reçu l'appel de ce jeune vendeur avec beaucoup d'expérience. J'aimerais ça Grim, j'aime ça écouter de la musique... Moi, combien ça coûte? Th 200.$ pour un 8 gig, Grim, c'est pas cher... y en a à 400.$.

Il avait accumulé 900.$ dans sa banque. J'ai appelé mon fils M. pour savoir s'il était d'accord. Si c'est son argent, ça va. C'est comme ça que mercredi, je lui ai confirmé que je lui apporterais, lors de la dégustation, son 240$ pour son achat. Samedi, on est allé le voir jouer au hockey et après la partie, comme il le fait toujours, il est venu me rejoindre. On était installé dans les estrades, seuls au monde, il me montrait son jouet et surtout comment ça fonctionnait. 20 minutes plus tard, on sortait de l'aréna et mon fils M.. m'a dit : « Th veut aller souper chez vous demain. » « C'est parfait! »

Dimanche, il est arrivé à 15h00 avec son père. Il m'a montré tout ce qu'il peut faire avec ce petit jouet et durant la préparation du souper, il a joué sur l'ordi. Il a mangé deux entrées de crevettes et un petit homard pour souper et durant que je buvais mon thé il a continué ma formation. Nous devions le ramener chez lui à 20h00. On se préparait à partir quand il m'a demandé si je pouvais lui préparé des fruits frais avec un peu de yogourt. Il a mangé dans l'auto et nous étions devant sa porte, comme sa mère me l'avait demandé.

Avec mes petits-enfants,
j'ai les pieds bien ancrés dans le réel.

mercredi 17 février 2010

Et si c'était à refaire maman...

Réalisée par SueL en 2009 (glacis)
Pourtant ce n'est pas de peinture que je veux vous parler aujourd'hui. Mais j'aime illustrer un billet, je trouve que ça lui donne de la vie, de la couleur et des formes. Depuis trois ans, je n'arrive plus à peindre... Je me suis donc inscrite à un cours dans l'espoir de retrouver le plaisir de choisir le sujet, de sortir une toile, mes tubes de peinture à l'huile, le gros vase en verre contenant mes pinceaux et l'excitation quand on voit l'oeuvre s'embellir au fil des coups de couleur. Hélas, la professeure avait décidé qu'on ferait un paysage de Corot et un glacis. Voici le glacis!

Je reprends ce soir le billet du 9 février "Leçon de Vie...pour tous!" J'aimerais expliquer quelques détails et approfondir certains comportements. Le 9 février 1973 est pour moi et sûrement pour toute ma famille ce que le 11 septembre 2001 est pour d'autres. Maman était solide comme les deux tours du World Trade Center, se plaignait rarement et surtout n'était jamais malade... ne prenait ni médicament, ni boisson. L'était-elle psychologiquement? Cela je ne pourrais le dire mais les psychiatres qui la traitaient n'ont jamais parlé de maladie latente ou autres.

Mes premiers souvenirs remontent à l'âge de huit ou neuf ans. Nous sommes assis autour de la table, maman, mes deux frères et moi, mes deux petites soeurs sont encore trop jeunes. C'est le petit déjeuner avant l'école, maman ne parle pas mais nous sert nos toast et le succulent beurre d'érable qu'elle faisait. Ses seules paroles sont pour nous demander si on veut une autre toast. Comme à tous les matins, mes frères s'adressent à moi en m'appelant Robert. Je ne sais pas pourquoi ce nom et je demande à maman de leur dire d'arrêter. Elle a déjà essayé mais ne réussit pas à les faire taire. Je pleure et elle me dit :« arrête, sois raisonnable. » Ça sonne à la porte, c'est mon amie Lorraine qui vient me chercher et là un autre drame va commencer. Lorraine a mon âge mais pèse le double... mes frères vont imiter le bruit d'un ours, un personnage qu'on voit à la télé. Je me lève pour aller ouvrir et je les entends...rire. Je pars avec mon amie sans pouvoir lui raconter pourquoi j'ai pleuré encore ce matin.

Une petite phrase m'a torturée longtemps. Mes parents ne se chicanaient jamais et lorsque papa arrivait du travail, il embrassait toujours maman, la même chose lorsqu'il sortait. Un soir, je devais avoir environ neuf ans, je me suis réveillée et mes parents se chicanaient. Les voix montaient et maman a dit : « tu verras bien quand les enfants auront l'âge qui de nous deux ils choisiront...» On était en 1952, il n'y avait pas de divorce à cette époque dans notre quartier pauvre mais j'ai commencé à pleurer en silence. Comment je pourrais choisir entre les deux. C'était impossible, je les aimais et pourquoi maman a dit ça... Je devais être plus raisonnable et ne rien dire. J'ai connu la réponse en 1977

Un matin, en m'habillant pour l'école, j'étends le bras pour prendre mes vêtements... et oups une petite souris sort. J'ai peur, je hurle, je crie "Maman" il y a une souris dans mon lit et la réponse est venue comme ça. «Les petites bêtes mangent pas les grosses bêtes. » Merci maman tu m'as souvent coupé les ailes avec tes petites phrases. Quelqu'un n'a pas besoin de parler pour te blesser et n'a pas besoin d'arme pour te tuer.
Puis tu t'habitues, tu te renfermes, tu ne manges plus mais personne ne voit rien, tu es hospitalisée, tu reviens et personne ne voit encore rien... Il y a une bonne voisine qui sera une personne significative pour moi et elle deviendra ma belle-mère quand à 17 ans je me marierai avec le frère de Lorraine qui a 24 ans. Deux ans plus tard, nous serons les heureux parents de M. un garçon et trois ans après de S. un autre garçon.

Mon père adorait le cinéma anglais et maman n'était pas bilingue. Il a trouvé une solution à ce petit problème. Maman irait au cinéma avec sa belle-soeur qui habitait chez nous et papa irait seul... Et plus tard, quand tante Alice est partie, ils ont repris les sorties à deux. Le mercredi, était soir de sortie. Je le vois encore aujourd'hui, même si cela fait plus de 45 ans. C'est devant le lavabo de la cuisine qu'il se préparait. Son ramage était clair et joyeux. On le sentait léger comme une bulle, on aurait dit un oiseau qui s'envolait, il était intouchable et rien ne l'empêcherait de sortir, même si trois jours plus tôt il était encore hospitalisé pour un infarctus. Maman avait les yeux sortis de la tête et n'arrêtait pas de critiquer mais il continuait à siffler comme un merle avant le coucher du soleil. On le regardait, il était heureux. Pourquoi maman chialait toujours quand il sifflait? Ils soupaient et partaient ensemble pour leur belle soirée d'amoureux.

Et un dimanche soir de l'été 1977... je rendais visite à mes parents qui étaient seuls. Les enfants ont toujours été là pour les soutenir et les aider mais on avait tous des familles maintenant. C'était beaucoup plus difficile et le moral des troupes était bas. La maladie a éloigné les soeurs et frères de maman, ils disaient qu'ils n'aimaient pas la voir dans cet état que ça les déprimait. Nous regardions la télé quand maman m'a dit :
« Viens dans la cuisine, j'veux te parler. » Elle s'est retournée vers mon père et lui a dit : « Toi, tu restes ici. » Nous nous sommes installées dans à la table et elle m'a raconté une partie importante de sa vie. C'était fini le temps des paraboles. Pendant plus de deux heures, je l'ai écouté et je savais qu'elle disait la vérité. Ce soir là, elle m'a raconté comment, plus jeune, elle avait pris son mari en plein délit d'homosexualité et que plus tard, les sorties au cinéma servaient à faire des rencontres. Mais, pendant ce temps, maman était dans la salle noire, traumatisée, tétanisée et emmurée dans son silence. Pourquoi maman es-tu restée... L'argent! L'argent qu'elle n'avait pas pour faire vivre ses enfants et plus tard... Ce soir là, papa savait que maman m'avait dit le gros secret. Il était tard quand je suis partie, j'ai embrassé mon père comme toutes les fois où je le voyais, rien n'a jamais changé dans mes relations avec mes parents. J'ai vérifié avec la personne que maman m'avait nommée et sa réponse fut « Sue, un jour ta mère m'a confié un secret et elle m'a demandé de ne jamais en parler. » Papa est mort le 12 octobre 1977 et j'ai trouvé la vie injuste...j'ai beaucoup pleuré. C'est parfois cruelle la vie... même s'il y a des rires, des oiseaux qui chantent et des enfants qui dansent.

Et là ce soir, je ne peux ni ne veux juger personne. La maladie a tout pris. Notre mère à 60 ans, notre père à 67 ans, ma jeune soeur qui n'acceptait pas de voir sa mère dans cet état et que j'ai revue à peine dix fois les quinze premières années et qu'on ne voit plus depuis vingt ans, qui n'est pas venue au salon funéraire, ni à l'enterrement. Tous nos p'tits bonheurs ont eu un goût amer pendant ces 33 ans. Être présents auprès de notre mère, pendant toutes ces années, nous a détruits moralement et quelques-uns physiquement. Les obligations étaient lourdes mais nous étions incapables de lâcher prise. On vivait beaucoup de culpabilité.
Avons-nous fait les bons choix? Parfois j'en doute...mais comme le dit souvent Normand :


« C'est facile après la course...»

samedi 13 février 2010

Un défi!...Deux salles de bains


J'ai vu l'invitation chez Nancy

Salle de bains des maîtres avec sa petite ménagerie de peluches"

« Moi, la grosse Lapine,
bien calée sur 
de douces serviettes en ratine 
je m'appelle Églantine. 
Sur la tablette du haut
nichée entre deux p'tits pots
il y a ma très petite cousine... Ernestine.»


De l'autre côté,
assise dans un joli panier, une p'tite oursonne vous dit ceci :
«Moi, c'est Marcy.
Je les vois tous les jours,
en se levant et en se couchant,
ils se brossent les dents...


Parce qu'on aime, les oiseaux les odeurs et les fleurs, c'est dans la salle de bains des invité/es que nous les avons installés avec quelques "précieux" cadeaux et souvenirs d'enfants!  Bienvenue chez nous!


Nancy avait dit...
« Un petit défi photo n'a jamais rien fait de mal à personne!
Ne vous prenez pas la tête c'est juste pour le fun hein!
Merci à ceux qui participeront en toute simplicité...»

Effectivement quand je regardais sur son site
toutes ses belles photos ça me semblait assez simple...
Alors, je lui ai confirmé ma participation pour vendredi.
Je soignais ma gastro alors les salles de bains, aucun problème!
Mais pour Grimimi Sue, la techno c'est pas son art.
Je commence par photographier
Je transfère le tout sur Picasa
Je fais les modifications nécessaires
J'enregistre
Je serai prête vendredi!
Mais je n'étais pas prête, même si j'avais tout.
Vers 01h30, après 45 minutes d'essai, j'ai décidé de me coucher.
Je suis trop fatiguée, demain ça ira mieux.
Ce matin, je prends mon premier petit déjeuner normal depuis lundi,
je lis mon journal "La Presse" et vers 12h30 je commence...
L'enfer c'est ça...j'y étais et je ne pouvais plus m'en sortir
J'ai recommancé 4 fois, quand j'avais les photos le texte se déplaçait
et quand je pensais qu'il fallait écrire avant de placer les photos
c'était encore pire...
Presque découragée, j'ai tout annulé et recommencé.
C'est l'histoire d'un petit défi devenu grand.

mardi 9 février 2010

Leçon de Vie...pour tous!

Une belle photo de maman à l'âge de 24 ans.

Ce soir, je retourne dans le passé, je regarde en arrière pour essayer de dompter la bête qui me guette et que je n'arrive pas à mater même si au long de ces années j'ai vraiment essayé. Je passerai peut-être une autre année au purgatoire pour sortir de cet enfer... mais impossible de me taire, je dois parler. Le silence de mon passé est responsable de l'angoisse du présent et de la peur du futur...

Née le 24 octobre 1912 et baptisée Armance, prénom rare sûrement dû à une erreur, maman s'est mariée avec mon père, Rosaire, le 24 juin 1937, elle avait 24 ans. Neuf mois plus tard, soit le 27 mars 1938, naissait son premier fils Georges, puis le 23 mars 1941, un autre fils Claude, le 12 août 1943, sa première fille Sue et Marcelle le 7 avril 1949 suivie de Denise 18 décembre 1950. Elle avait perdu un enfant entre moi et ma soeur Marcelle, mais maman n'a jamais parlé de ce deuil...

Comme je l'ai déjà écrit dans un autre billet, c'est en 1954 que mon père, après avoir perdu son emploi, a acquis un petit restaurant qui ne pourrait pas faire vivre une famille nombreuse. Mais la détermination, le travail, le courage et la participation de leurs enfants, leur ont permis de se créer un emploi. Tous les jours, de 07h00 à 23h00, sept jours semaine, ils étaient là à transpirer, à s'échiner, à calculer, pour tenter de joindre les deux bouts. Puis, petit à petit, le p'tit resto a subi de grosses transformations que maman regardait avec beaucoup d'appréhension.... Ils y avait maintenant pour recevoir et servir les clients, sept bancs, un long comptoir, un réfrigérateur, un poèle avec fourneau, un grille-pain, deux percolateurs, des poêles, de la vaisselle neuve, des tasses et j'en passe. Mais pour tout cela, il fallait aussi une cuisinière, une bonne cuisinière qui ferait des petits plats pas trop chers. Elle s'appelait Mandine, c'était comme ça qu'ils appelaient Armance, dans sa famille.

Maman était devenue la cuisinière particulière de certains clients qu'elle servait comme ses enfants. Des oeufs sans sel pour un, des toasts sans beurre pour l'autre, des sandwichs au rôti de porc frais sur pain croûté tartiné de gelée, du jambon cuit maison, une bonne soupe chaude c'est tellement réconfortant... Papa durant ce temps courait entre le poêle à hot dog et hamburger, et le réfrigérateur à l'autre bout. Il y avait les enfants, les étudiants, et les passants qu'il fallait aussi servir rapidement.

Bien sûr après ce dur labeur, il se sont payés un peu de douceur. Quelques voyages chez son frère en Floride. Après 15 ans, avec la pression de leurs enfants, ils fermaient le dimanche à 18h00 pour qu'enfin on puisse prendre un repas en famille. Les trois aînés, nous étions mariés et venions avec nos enfants tous les dimanches pour le souper familial que maman préparait dans la journée. Seize à table, faut le faire!

Mais personne ne peut passer sa vie à s'oublier simplement pour être toujours au service des autres... Le vendredi 9 février 1973, une journée froide mais ensoleillée, où tout se passait normalement, j'ai reçu un appel de papa vers 10h00. « Sue, viendrais-tu, ta mère ne va pas bien? » Mes deux fils de 8 et 11 ans, iraient dîner chez une amie, j'ai appelé à mon travail et j'ai pris l'autobus...Quand on a économisé toute sa vie, même les plus graves nouvelles ne nous incitent pas à la dépense. C'est fou, c'est tellement fou d'être prisonnier de ce petit peu d'argent. Tous nos rêves tiennent par ces économies volées au plaisir et à la luxure. C'est vers 10h45, que j'entrais dans le restaurant. Mon père servait des clients et m'a dit que maman était dans le logement derrière et qu'elle n'avait pas fait le café du matin pour la première fois depuis dix-neuf ans. Je l'ai vue en robe de chambre, assise dans la berçante. J'ai ramassé mon plus beau sourire pour lui dire « Bonjour maman, comment vas-tu? » Elle roulait sa robe de chambre de bas en haut et la déroulait pour recommencer. Elle a levé les yeux vers moi et m'a dit « Je suis folle! »

Le même soir, elle était installée chez nous. C'est dans mon lit qu'elle a voulu coucher... mais ça, c'était une grosse demande et comment refuser. Mon mari a changé de chambre et moi j'ai couché avec cette mère qui ne m'avait jamais cajoler, ni serrer sur son coeur, ni dit qu'elle m'aimait. Ce soir là, elle voulait me prendre dans ses bras, elle s'agrippait à moi comme une sangsue et moi je me sentais si mal, mais comment refuser ce que j'avais toujours recherché. Je ressentais même du dégoût dans ses rapprochements tardifs et en même temps elle était comme une enfant que je devais consoler. Je me raidissais et elle me flattait... et j'ai commencé à m'abandonner pour qu'elle se détende et s'endorme. Je ne sais plus si j'ai dormi cette nuit-là.

On a pensé à une dépression et après un long repos on se disait que tout deviendrait normal. Papa et mes deux soeurs ont liquidé le resto et sont venus s'installer avec nous pour deux mois. Ils ont loué le logement voisin du mien, sont partis chez le frère de ma mère pour un mois tandis que les deux frères et les trois soeurs peinturaient, lavaient, tapissaient, magasinaient de nouveaux meubles et décoraient pour leur retour, le dernier dimanche de mai.

C'est ce soir là qu'on a compris... que notre mère était vraiment très malade. Quand on a ouvert la porte pour l'accueillir, nous nous sommes regardés découragés. Mon père l'a remplacée comme ménagère. Elle ne touchait plus à rien et s'était emmurer dans son silence. Elle a été hospitalisée suite à une tentative de suicide, à sa sortie de l'hôpital c'est dans un hôpital psychiatrique qu'elle a fait son premier séjour. Mon père qui a toujours été bon, (bon mais pas parfait, un humain quoi) avec maman et ses enfants même s'il avait des tendances pour les homosexuels, est décédé en octobre 1977 à l'âge de 67 ans. Ma mère a été placé dans un centre pour personnes autonomes, puis pour personnes semi-autonomes Elle a fait durant 17 ans, sept séjours variant de 1 à 6 mois dans un hôpital psychiatrique. Les diagnostics de sa maladie sont les suivants : dépression psychotique, mélancolie d'involution, état dépressif presque stuporal, démence sénile et état confusionnel aigu... Il y a eu les périodes presque normales et les rechutes. De 1977 à 1993, ma soeur Marcelle et moi, chacune notre tour, sommes allées chercher notre mère le vendredi à 19h00 pour la ramener le dimanche à 21h00. De 93 à 98, nous étions quatre à se partager les sorties et en 1998 son état a empiré et chaque dimanche, il y en avait un de nous quatre qui la visitait Elle ne marchait plus, ne parlait plus, on devait la nourrir comme un bébé... Elle est décédée à 01h35, le 21 août 2006, à l'âge de 94 ans, après trois jours de difficultés respiratoires.

J'ai pris ma retraire à 60 ans, comme ma mère, après 20 ans comme agent immobilier. Je voulais profiter de la vie avec mon amoureux, ma famille, mes trois petits-enfants et mes amis/es. Ce soir, je regarde le passé qui m'a longtemps passé sous le nez, et depuis plus de quatre ans, je vois le futur passer ailleurs...


Pourquoi ce long billet... Merci de m'avoir lue!

samedi 6 février 2010

Pour tous les enfants du monde...

Photo prise au Réveillon de Noël 2002 chez Grimimi Sue

Les voici, les deux cousins, Jo 3 ans 1/2 et Th 2 ans 1/2, Ils s'étaient empressés d'enfiler leur nouveau pyjama de Spiderman, qu'ils avaient trouvé dans leur gros sac comme à chaque année depuis leur naissance. C'est cette belle photo que j'utiliserez pour tous les "Vendredi Heureux" de cette nouvelle année.

On ne s'était pas vu depuis le 28 décembre dernier lorsqu'on avait fêté Noël, trois jours passés. Ses parents n'avaient pas voulu qu'il vienne à notre premier "Vendredi Heureux 2010". Je comprenais, car c'était le Jour de l'An et qu'il y avait sûrement des fêtes organisées chez ses grands-parents maternels. Mais pourquoi refuser de changer pour une autre journée. Aujourd'hui, j'avais hâte de le voir, de lui donner son bec chinois et de passer ensemble une autre belle soirée de 16h00 à 21h30.

À 16h00, il est sorti avec un beau sourire, a descendu les quelques marches et là je suis sortie pour l'accueillir. Il s'est installé sur le siège arrière, a attaché sa ceinture, et a dit: « Th est pas là? » Non! Il joue dans un Tournoi de hockey ce soir à 17h00. Veux-tu aller le voir jouer ou si tu préfères rentrer? J'aime mieux aller chez vous... et doucement, on a décolé.
La semaine passée quand Th est venu, il a téléchargé un nouveau jeu pour l'ordinateur. Jeudi, il m'a dit :
« Grim, tu diras à Jo, s'il ne vient pas au hockey, qu'il y a un nouveau jeu. J'suis sûr qu'il va aimer ça.» Il le connaît très bien son cousin, parce qu'il s'est installé à l'ordinateur et a joué avec ce jeu jusqu'à l'heure du souper. Quand il s'est retiré de table, il m'a dit : « Comme d'habitude c'était déliciiiieux. Merci! »

Il est retourné joué sur l'ordi, Normand écoutait la télé à ses côtés et moi je nettoyais la cuisine. S'il est seul, il ne parle pas beaucoup, il est vraiment concentré sur son jeu. Par contre, lorsqu'il est avec Th je les entend rire et blaguer ensemble et cela me rend si heureuse. Si on lui pose une question, il réfléchit avant de répondre. Il ne peut pas parler de chez lui et je sens parfois un embarras même si on ne parle jamais de ses parents. Les seules questions que je lui pose sont « Comment va Mève? Bien. Est-ce qu'elle aime sa nouvelle école? Oui.. Et ça s'arrête là.

La dernière fois qu'il est venu, je lui avais demandé de poser une question à son père. Je veux lui ouvrir un compte bancaire et il me manque un renseignement. Ce soir, je lui demande s'il avait pensé poser la question. Il a hésité et dit « j'ai oublié. » Jo, tu as oublié ou tu aimes mieux ne pas demander? « J'aime mieux pas demander. » Jo, si je te demande quelque chose tu as le droit de ne pas vouloir, tu dois simplement me le dire, d'accord? Oui! C'est la même chose pour moi si tu me demandes quelque chose et que je ne peux pas. On s'entend sur ça mon beau Jo.

Comme on ne doit jamais être en retard, vers 21h20, je lui dit de m'avertir quand il serait 21h25. Je lui ai demandé la même question une deuxième fois. Sa réponse 21h27. Vite Jo, tu sais qu'on ne doit pas être en retard... Son manteau et ses bottes l'attendaient. Vite, vite, vite! On prend l'ascenseur pour se rendre au rez-de-chaussée. Nous étions devant sa porte à 21h33. Je suis sortie avec lui, j'ai pris son visage entre mes deux mains et nous avons frotté nos deux nez, c'était un beau bec chinois. Je lui ai dit: « Je t'aime Jo, il a répondu « moi aussi ». À la prochaine!

Au début, il me demandait s'il pouvait venir encore un autre vendredi et de lui écrire la date sur un papier. Je répondais « Tu peux venir quand tu veux, appelle-moi, j'irai te chercher si tes parents veulent. » Il n'est jamais venu... Ce soir, il voulait rester encore, il aimerait venir plus souvent et il voudrait coucher comme il le faisait avant. Il s'en souvient et moi aussi. Comment expliquer, à un garçon qui aura bientôt onze ans, que ses parents sont dans l'erreur... Je dois me taire pour son bien. J'ai beaucoup de peine et j'en ai encore plus pour mes deux petits-enfants. Comment seront-ils à l'adolescence et plus tard...

Blessures d'enfance
On ne sait pas toujours à quel point les enfants
Gardent de leurs blessures le souvenir longtemps
Ni comme on a raison d'aider à s'épanouir
Cette fleur dans leur âme qui commence à s'ouvrir

Moi qui rêvais d'amour de musique et d'espoir
Je m'endormais cerné de frayeur dans le noir
Certain que tous les rêves étaient sans lendemain
Je m'éveillais toujours le vide entre les mains

Chacun vivait pour lui dans sa tête en silence
Et je chantais mon âme en pleine indifférence
Encombré de mes joies troublé de mes envies
Faisant semblant de rien pour que l'on m'aime aussi

L'été on m'envoyait sur le bord de la mer
Ou au fond du Jura profiter du grand air
Écrire à mes parents que je m'amusais bien
Et m'endormir tout seul blotti dans mon chagrin

J'essayais de grandir, de m'envoler peut-être
Pour cueillir des étoiles à ceux qui m'ont vu naître
J'ai longtemps attendu ce geste ou ce regard
Qui n'est jamais venu, ou qui viendra trop tard

Puis mon frère est parti pour un lycée banal
En pension pour trois ans parce qu'on s'entendait mal
J'avais cherché sans cesse à croiser son chemin
Sans jamais parvenir à rencontrer sa main

Tous mes élans d'amour brisés dans la coquille
J'essayais de renaître en regardant les filles
Aimer c'était malsain pervers ou malséant
Pourtant c'était si doux si tendre et si troublant

Aujourd'hui j'ai grandi mais le silence est là
Menaçant, qui revient, qui tourne autour de moi
Je sais que mon destin, c'est d'être heureux ailleurs
Et c'est vers l'avenir, que j'ai ouvert mon coeur

Mais j'ai toujours gardé de ces années perdues
Le sentiment profond de n'avoir pas vécu
L'impression de sentir mon coeur battre à l'envers
Et la peur brusquement d'aimer à découvert

On ne sait pas toujours à quel point les enfants
Gardent de leurs blessures un souvenir cuisant
Ni le temps qu'il faudra pour apprendre à guérir
Alors qu'il suffisait peut-être d'un sourire

Moi qui rêvais d'amour de musique et d'espoir
J'ai attendu en vain ce geste ou ce regard
Mais quand un enfant pleure ou qu'il a du chagrin
Je crois savoir un peu ce dont il a besoin.

Blessures d'enfance
par Yves Duteil

jeudi 4 février 2010

J'aimerais te tenir la main...

Réalisée par SueL en 2005
À mon extraordinaire petite-fille Mève...

Vous connaissez sûrement le langage des grands-mamans, des mamies et des grimimis. Leurs petits-enfants sont les plus beaux, les plus fins, les plus intelligents et les plus adorables... Moi, je dis simplement qu'elle est extraordinaire parce que c'est la vérité. Je vous raconte et vous décidez...

C'est à l'hôpital Pierre-Boucher à 09h45, après 4 heures d'attente et de douleur que sa maman l'a prise dans ses bras. C'était un magnifique samedi d'été où le soleil brillait pour son arrivée. Déjà sa naissance, juste avant la fin des vacances de la construction en plein mois de juillet 1997, en arrangeait plusieurs. Son papa était en vacances, ses grands-parents maternels visiteraient, dans la journée, leur fille et leur petite-fille qui venait de les faire papi et mamie pour la première fois.

C'est vers 13h00 qu'on m'avait annoncé que j'étais, moi aussi, une nouvelle grand-maman. Quel bonheur!. Tout excitée, j'avais hâte de voir cette petite demoiselle mais je devais attendre au lendemain après-midi... Je lui ai choisi quelques minuscules breloques que le bijoutier a, tout de suite, accrochées à un petit bracelet en or. C'était mon cadeau de bienvenue. Le soir, je parlais au nouveau papa qui trouvait sa fille belle et sage. Il était content de m'offrir ce précieux cadeau. J'avais toujours rêvé d'avoir une fille... mais j'ai eu deux garçons et j'étais marraine de trois petits gars. Alors mon fils S...savait que je souhaitais que ce réve se réalise par mes enfants.

Le dimanche, nous sommes arrivés à l'hôpital vers 14 heures, une caméra à la main pour immortaliser ce moment de bonheur. La maman était souriante et rayonnante et le papa fier et heureux. L'infirmière est entrée dans la chambre tenant ce tout petit bébé dans ses bras. C'était l'heure du biberon. Elle a bu, fait ses rots, a bu encore et finalement elle s'est assoupie doucement dans les bras réconfortants de sa maman.

Nous étions hypnotisés par cette angélique petite fille. Chaque mouvement était commenté... et je crois, sincèrement, que ce n'est pas exagéré de dire que ma petite-fille était parfaite, même emmitouflée dans sa couverture. Elle avait une belle petite tête garnie de cheveux foncés, un petit nez fin et rond, des oreilles collées, une bouche en coeur et des lèvres rose pâle. Sa peau était si douce, ses mains fines, ses ongles presque limés et parfois on aurait cru qu'elle nous entendait, et elle souriait. Ce fut le coup de foudre!

Ce n'était pas seulement un mirage qu'on avait vu cette journée là. Non.! Elle était parfaite et le resterait. Douce, affectueuse, gentille, avenante, fière, drôle, moqueuse, intelligente, plein d'énergie. Elle était extraordinaire, elle aimait les chats et elle me manque. Je ne croyais pas devenir gaga mais je le suis devenue. J'aimais tant ses câlins, ses becs chinois, ses je t'aime gros comme xxxxx ça et tout le reste. La garder, la gâter, la consoler, les rires, le cinéma, le maïs soufflé, les crêpes qu'on faisait ensemble, les livres qu'on achetait, qu'on lisait, les nounours, les gros sacs à Noël, les pipis au lit, les je veux rester encoooore, les tu reviendras maman s'ennuie de toi et j'arrête parce que je vais me noyer... dans mes larmes.

Elle avait 10 ans la dernière fois que je l'ai vue, c'était le 5 octobre 2007. Ses parents ne respectent pas le jugement de la cour... et moi ça me ferait du bien de lui tenir la main. Je sais qu'un jour, elle sonnera mais le temps passe si vite surtout quand on est une grimimi.
Pourquoi sa mère a t-elle peur d'une grand-maman...?
« On était bien ensemble, ils nous ont séparées, mais un jour...»
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