mardi 16 mars 2010

Les p'tites misères d'un couple...

Réalisée par SueL en 1999

J'étais trop jeune... j'avais quinze ans, lui vingt-deux ans.  C'est ce que ma mère disait... Je connaissais sa famille depuis mon enfance...et sa soeur était mon amie depuis la petite école. Souvent j'allais me réfugier chez leur mère quand je m'ennuyais et cette grosse femme, douce, rieuse et toujours de bonne humeur, m'écoutait et me protégeait. Quand on sonnait à la porte, nous savions, que papa demanderait si j'étais là. « Non, elle est venue mais elle est repartie.  »  Alors vite, je sortais par la porte arrière et rentrais chez moi.  L'été, je m'éclipsais souvent chez la voisine, il y avait, dans cette maison, quelque chose que je ne trouvais pas chez mes parents et le temps  passait plus rapidement.  Je n'étais pas la seule à aimer cette voisine si gentille. Il y avait Yolande, une belle femme dans la jeune trentaine déjà mère de sept enfants. Tous les après-midi, elle venait s'asseoir chez cette voisine pour une petite demi-heure de taquineries et de racontars... Même son mari était gentil avec moi, lui qui avait pourtant une réputation de grognon.  Veuf, seul avec une petite fille de trois ans, il l'avait épousée, et deux garçons et une fille étaient nés. C'est ce que j'aimais de cette femme qui me racontait des petits pans de sa vie... quand nous étions seules, comme ça, dans l'après-midi.

Tous les samedis après-midi, depuis que nous avions quatorze ans, les deux amies allaient ensemble au cinéma et doucement, son frère avait commencé à nous accompagner. Le samedi soir, durant que la famille et des amis jouaient aux cartes, les deux filles dansaient dans la chambre des deux frères.  Puis, un soir, il était venu nous rejoindre pour apprendre à danser le rock "n" roll.  Et ce fut le début...  Le 24 juin 1958, il m'avait demandé : Veux-tu m'accompagner au cinéma, mais sans  chaperon? Ma mère avait accepté en disant : « Tu dois être ici pour 23h00. »  Sa soeur n'était pas contente de la tournure des évènements mais nous sommes restées de très bonnes amies.

Après cette soirée, il est devenu mon cavalier. J'avais quinze ans ! Le mardi, jeudi, samedi et dimanche, il venait me chercher pour aller au cinéma ou veiller, au salon, chez mes parents ou les siens.  J'avais toujours hâte de le revoir et quand il me laissait... sa présence me manquait. Lorsqu'on se retrouvait, nos corps se frôlaient et se désiraient... mais on ne pouvait assouvir nos désirs.  À cette époque,  on devait attendre d'être mariés. Toutes les secondes, les minutes et les heures qui passaient nous rapprochaient. Nous étions heureux, amoureux et le 27 août 1960, on s'était marié pour l'éternité... par un beau samedi d'été.  Ma gentille voisine est devenue ma belle-maman.

Vivre dans l'excitation de l'attente était chose du passé. Le mariage avait bouleversé ma vie. Sur les recommandations de maman, j'avais dû, un mois avant mon mariage, laisser un emploi que j'aimais.  Mes amies ne venaient plus me visiter et seule dans mon petit logement, je m'ennuyais. Tous les mois, j'espérais une seule chose... être enceinte. Mon mari venait dîner à la maison et en le raccompagnant, il s'arrêtait, juste un peu avant la porte, et là, il me poussait doucement dans le coin, m'embrassait, me caressait... Ces petites demi-heures qu'on passait ensemble, parfois me traumatisaient.  Il prenait sans demander... on aurait dit que j'étais son objet.

Je voulais être si fière de lui et prouver à maman qu'elle s'était trompée, que je n'étais pas trop jeune pour me marier. Souvent, elle  m'avait lancé des petites flèches empoisonnées. Je pensais que l'amour changerait certaines choses... Il y avait souvent des mots qui résonnaient faux : « As-tu la clef pour ouvert la porte?»  Je répondais : « Ouvrir la porte » et lui ajoutait : « Ouvert, ouvrir c'est pareil.»  Enfin, 25 mois plus tard, notre premier enfant est arrivé et le bonheur à chassé mes petits malaises. Puis, d'autres petits mots que je n'avais jamais entendus sont apparus. « Des quiquisses pour cuisses, du lala pour du lait, des quiquis pour biscuits, du lolo pour de l'eau, etc... »  Je continuais, comme un perroquet, de répéter jour après jour, les mots qui me faisaient monter dans les rideaux.

Notre fils avait déjà trois ans quand son petit frère est né. Je voulais une maison pour mes deux petits garçons. Moi qui avais vécu, neuf dans un quatre pièces, jusqu'à mon mariage, sans salle de bains ni chambre privée, je rêvais d'espace. Mes enfants devaient bouger, s'amuser sans se faire dire par leur maman  : « Ne courez pas, il y a du monde en bas.»  Encore une fois, ce fut la déception. Il avait peur des réparations lui qui n'avait jamais bricoler. Pourtant, cet homme était bon, doux, honnête, travaillant. Il me remettait sa paye même si je ne la voulais pas. Mais quelque chose n'allait pas... Un jour, je suis allée travailler pas pour le salaire mais pour sortir de cet atmosphère. C'est ma belle-maman qui  venait garder ses petits-enfants, le jeudi et le vendredi soir.

Parfois je pleurais. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.  J'essayais de me  résonner mais ce vide revenait me troubler. Je ressentais parfois un tel mal-être, une maison-prison où j'étouffais. Les enfants étaient maintenant tous les deux à l'école et je travaillais trois jours semaine. L'été, je la réservais pour eux. Nous la passions ensemble dans un terrain de camping où ils ne couraient aucun danger et pouvaient s'amuser en toute liberté.

Mais, il y avait toujours ces questions qui venaient me hanter. J'aurais voulu être instruite et faire un métier que j'aimerais. J'ai commencé à m'éloigner. Il n'a rien vu, même si je lui avais souvent envoyé des signaux. Il continuait à demander la couleur de bas qu'il devait porter...  Il n'a jamais compris que je ne voulais pas être sa mère. Moi, j'avais besoin d'un homme, d'un amant, d'un confident, d'un ami. Quelqu'un qui m'épaule, qui me fait rire et qui sait d'éployer mes ailes. Un jour, je l'ai rencontré!!!

Après vingt-et-un ans de mariage cet homme était resté le même.  Doit-on espérer que l'amour peut les changer, doit-on pousser sur les gens pour les faire avancer ou lâcher-prise plus rapidement?  Dès notre mariage, j'ai constaté que mon mari n'aimait pas se laver, changer ses sous-vêtements ou s'améliorer mais j'ai longtemps espéré qu'il changerait. Pendant plusieurs années ce n'était plus un amoureux qui dormait à mes côtés... mais il restait mon ami. Quand je suis partie, cet ami est devenu un inconnu...

Un jour, il m'a dit « Je me lave maintenant tous les jours.»   Après vingt-et-un ans d'arguments et un divorce, il avait enfin compris...

20 commentaires:

  1. chère Grimimi, une assez affligeante histoire:tu étais trop jeune? mais je ne comprends pas très bien que dès vos premières encontres tu n'aies pas prêté attention à sa manière de parler!!! on dit que l'amour est aveugle mais pas pour toute la vie hein??
    l'erreur que l'on commet aussi c'est de croire qu'on peut changer l'autre!!c'est rarement vrai

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  2. En fait, ton homme avait besoin de se faire materner, c'est clair !
    Tu as été très patiente avec lui je trouve.

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  3. chère micheline, ce n'est sûrement pas ses mots qui m'ont charmée mais l'homme qui les prononçait...
    Se faire parler d'amour c'est très doux et réconfortant.
    Avoir 15 ans en 1958, une 9ème année et une mère qui ne cesse de te critiquer, je pense que cet (enfant) cherchait de l'air frais... pour mieux s'épanouir.
    Tes deux dernières phrases sont si vraies...
    Une petite fenêtre ouverte, m'a apporté un vent de sagesse. Merci!
    Becs chinois sue-crés au miel xx

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  4. Bonjour Pur bonheur,
    Trop patiente...avec cet enfant qui refusait de grandir.
    Prendre certaines responsabilités lui faisaient très peur et moi je me sentais plus forte... jusqu'au jour où le pédiatre de mes enfants m'a ouvert les yeux. Merci Dr. Cole, vous m'avez donné une dose d'adrénaline.

    Merci de ce cadeau laissé par ma petite fenêtre ouverte.
    Becs chinois sue-crés à saveur de bonbons miel. xx

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  5. Ce doit être bien pénible de s'apercevoir qu'on s'est tromper et de devoir endurer jusqu'à la limite du supportable. Heureusement que tu as rencontrer mieux.

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  6. Pour vivre à deux il faut SE respecter...
    xox

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  7. Bonsoir Solange,
    21 ans de mariage, c'est long quand ton conjoint n'évolue pas et qu'un jour ses jeunes enfants le surpassent...
    J'ai eu la chance de refaire ma vie avec un homme complètement différent du premier.

    Je te remercie d'avoir déposé ce cadeau par ma petite fenêtre ouverte.
    Becs chinois sue-crés xx

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  8. Bonsoir Dominique.
    Tu as tout a fait raison...

    Merci pour ce cadeau déposé sur le rebord de ma fenêtre ouverte.
    Becs chinois sue-crés au miel doré Xxxx

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  9. coucou Sue

    tu sais que j'ai peu detemps mais lire ton histoire est "remuant"

    ce n'est pas une question d'âge, on tombe sur le bon ou pas...moi je me suis mariée à 18 ans après 3ans d'amour,oui précoce j'avoue....et je fête en juin 40 ans d'amour passion et passionnant...
    non moi aussi chère Sue ce qui m'étonne c'est comment ne pas s'être aperçu de ce vocabulaire infantile et de son immaturité ???

    amour aveugle, envie de s'enfuir de chez soi???moi je voulais fuir, tu sais la vie de Clara....et j'ai eu tant de chance après...
    je vois que la vie t'a offert une autre chance et j'en suis ravie
    à bientôt Sue

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  10. Bonsoir Grimimi!

    Je suis bien d'accord avec Nounou qui dit que faire erreur sur son partenaire n'a rien a voir avec l'âge...

    Ce fut surement une dure épreuve dans votre vie, mais vous en avez surement retiré plusieurs leçon qui font de vous cette femme attachante :)

    Bonne soirée ma chère Sue et merci d'avoir partagé cette tranche de vie avec nous :)

    -Jane
    xoxo

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  11. Bonsoir Nanou,
    Je sais que l'âge n'a rien à voir avec l'amour et la réussite d'un couple. D'ailleurs, j'y ai cru pendant longtemps, c'est après 16 ans de mariage que j'ai commencé à me sentir étouffée. C'était des petites choses, rien de bien grave, il était un peu comme un gamin. Il ne s'occupait de rien, ne prenait aucune initiative, il n'arrivait plus à faire déployer mes ailes... et pour moi, à 33 ans, j'avais encore besoin de rêver...
    C'était un homme doux qui ne voulait pas entendre parler de troubles quand il entrait à la maison après 10 à 11 heures de travail... Les garçons ont décrochés de l'école, il ne voulait rien savoir de ce problème.
    Il n'y a pas de coupable, deux personnes se marient et le temps les fait évoluer différemment.

    Ma petite fenêtre ouverte a permis de recevoir un beau cadeau de la Guyane. Merci!
    Becs chinois sue-crés à la tire d'érable xx

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  12. Bonsoir Jane,
    J'ai beaucoup appris sur moi depuis un certain temps... et je continue d'apprendre sur les comportements humains.
    J'ai des amies qui lisent pour trouver des réponses. Certains maris n'aiment pas ça, ils ont peur de l'inconnu, peur que ça dérange les habitudes de leur petite vie après 50 ans de mariage.

    Un beau cadeau est arrivé par ma fenêtre ouverte, Merci!
    Becs chinois sue-crés à saveur de miel et pomme Xx

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  13. Personne n'en parle et moi je suis prise avec ceci dans la gorge.

    Je crois que l'âge aide, moi. Parce que veut veut pas, on sait plus qui on est quand ...on est! Entre 13 et 18 ans, entre 13 et 13 et 21-22 ans, je ne voulais pas les mêmes choses, ne recherchais pas les mêmes choses. Adolescente, je me cherchais, puis, je me suis perdue pour finalement retrouver beaucoup de ce que j'étais à 14 ans, mais en oh combien plus mature. Aujourd'hui, il devient extrêmement difficile de trouver une personne qui rencontrerait ce que je suis devenue et au sujet duquel aucun compromis n'est possible. Mais pas impossible. probablement pas moins possible que si j'avais su dès mes 13 ans ce que je voulais. mais on ne peut aller plus vite que le temps.

    Que tu vives maintenant le bonheur et l'amour en même temps, est un rarissime privilège.

    Zed et les bisous du printemps officiel depuis près de 24 heures. Le temps... ¦)

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  14. Bonjour Zed,
    Devant ma fenêtre ouverte, je ne sais vraiment pas quoi écrire.
    Il y a dans ma tête tant de questions encore sans réponses...
    L'amour passion dure... de 6 à 24 mois et se transforme en amour/amitié, amour/habitude, amour/respect, amour/indifférence ou amour/petits bonheurs...

    Depuis que mes enfants m'ont mis K.O., je sais ce que je ne veux plus et j'ai appris à me respecter.
    Pour le privilège... il y a eu de gros ajustements...obligatoires.
    Becs sue-crés xx à la crème irlandaise.

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  15. Grimmimi,
    ton histoire est bien pathétique. Les moeurs et coutumes du temps ne permettaient pas aux gens de se connaître vraiment et les femmes restaient dans leur silence, dirigées par l'Église.
    Pour le reste, on ne peut jamais changer les gens, on ne peut que se changer soi-même et ça fait toute la différence.

    Bonne semaine Grimmimi!

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  16. Psst... viens chercher ma petite photo pour toi...

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  17. Bonjour Nanou,
    Les moeurs ont changé et j'en suis ravie...
    La condition de la femme s'améliore mais les jeunes femmes doivent garder les yeux ouverts pour ne pas perdre ce que leur mère et grands-mère on obtenu après plusieurs luttes...
    Et l'Église... n'a pas aidé et n'aide pas encore les femmes même en 2010.

    Je te remercie de ce cadeau offert avec sollicitude par ma petite fenêtre ouverte.
    Bes chinois sue-crés accompagnés de litchi et fruit de la passion.
    Sue xx

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  18. Chère Nanou,
    Je te remercie pour cette délicatesse...
    Elle est mignonne cette lapine.
    Installée sur un piano
    Je l'appellerai Joséphine
    Merci pour ce beau cadeau!

    Becs chinois sue-crés à la crème fraîche. Sue xx

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  19. oenologue...?
    Becs chinois xx sue-crés au rhum.
    ou
    Becs en-rhum-és xx?
    Sue

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MERCI !

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