dimanche 29 novembre 2009

Neuf dans un 4 pièces...


Photo Anne Geddes

C'était vraiment une journée d'été exceptionnelle. Tout le monde attendait cette nouvelle qui tardait, les enfants couraient, criaient et s'amusaient, rien ne changeaient leurs habitudes. Alors, les voisins avaient lentement, parce que c'était un jeudi d'été très chaud, commencé à préparer leur repas. Tout semblait déjà plus calme et doucement, le soleil s'étiolait. Les voisins avaient fini de souper et tiraient leurs chaises pour sortir de table. Enfin, ils pourraient descendre en bas, s'asseoir sur le perron ou sur le trottoir pour prendre un peu d'air frais bien mérité en cette journée du 12 août 1943. Seule la mère Déom resterait à regarder dehors sur le bord de sa fenêtre du deuxième étage, appuyée sur un coussin. Elle n'aimait pas descendre en bas.

Dans ce quartier de Montréal qu'on appelait "Le faubourg à m'lasse", tout le monde connaissait bien ses voisins. Armance attendait son troisième enfant et suait dans la chambre, sans fenêtre, adjacente au salon. Les fenêtres et portes étaient ouvertes mais l'air était trop lourd pour la rafraîchir. Alice, sa belle-soeur, une vieille fille comme on disait à l'époque, habitait avec la famille. Alice l'aimait Armance et l'avait toujours aidée. Lors des deux accouchements précédents elle avait été là, assistant le Dr. Leroux, et elle y était encore. Mais, en ce mois d'août, Alice qui avait toujours chaud même en hiver, transpirait à grosses gouttes et continuait d'essuyer le visage de sa belle-soeur avec une serviette humide, tout en l'encourageant. Elles avaient hâte, toutes les deux, de voir cette nouvelle frimousse...

Après deux garçons, Georges qui avait presque cinq ans et Claude deux ans, quand il avait appris qu'il serait papa une troisième fois, Rosaire avait espéré, que cette fois-ci ce serait une petite fille. Et ce jour-là, dans l'autobus qui le ramenait chez lui, il y repensait. C'est vers 18h20 que son bonheur se réalisa. Il avait déjà choisi son nom, elle s'appellerait Suzanne.

Je suis arrivée dans ce lit entourée de maman et tante Alice. L'une fatiguée, l'autre dévouée. On m'a raconté plus tard comment mon papa avait réagi quand sa soeur Alice lui avait crié : « Rosaire c'est une fille. »
Il était si heureux de voir sa petite fille qu'il s'était assis au piano et avait joué pour moi, mon premier morceau de piano. Mais... pour maman jamais personne n'a parlé de son état d'esprit à ma naissance.

Dans cette maison où je suis née, nous habitions le rez-de-chaussée, avec cuisine d'été qu'on utilisait comme rangement, et une cave en terre de 6 pieds d'hauteur où, plus tard, nous jouerons souvent, mes amies et moi, surtout qu'on pouvait traverser chez les voisins d'à côté par d'immenses trous dans la fondation. À mon arrivée, il y avait déjà dans cette maison mon grand-père maternel qui était malade (il est mort j'avais 4 ans), ma tante Alice la soeur de mon père, ma tante Victoria une cousine de ma mère qui était aveugle, mes parents et mes deux frères aînés...et six ans plus tard une petite soeur Marcelle et une autre petite soeur Denise 18 mois après. C'était toute une famille!

Je ne me souviens plus de ma tendre enfance. Mes premiers souvenirs remontent à mon grand-père qui est assis près du poêle, l'hiver, pour réchauffer ses mains et le jour de sa mort, je chante dans sa chambre assise dans ma chaise bercante. Mon frère Claude m'a dit que des tantes et des oncles qui venaient voir mon grand-père disaient à maman de me faire taire. Mais à 4 ans, on ne sait pas qu'on doit arrêter de chanter quand quelqu'un meurt.

Mais les plus beaux souvenirs restent ces moments magiques, inoubliables, ces instants d'émerveillement, de douceur, de bien-être, cette sensation qui me soulevait et me faisait tant rêver. Le piano! Le piano sur lequel mon père et sa soeur jouaient sans feuilles de musique, par oreille. Parfois, je m'assoyais et je faisais semblant de jouer car ce piano était aussi mécanique. Papa mettait un rouleau et je pédalais tout en faisant ma grande pianiste. Il y avait Tico Tico, Frou Frou, Le rêve passe et plusieurs autres.

Et papa qui avait quatre soeurs aînées avait appris de l'une d'elles la couture. Jusqu'à l'âge de huit ans, il confectionnait mes robes du dimanche. Il avait du talent et beaucoup de goût. Pour Pâques, on partait ensemble, il m'amenait chez la modiste me choisir un chapeau sur mesure. Je me rappelle d'un chapeau en particulier que papa m'avait acheté quand j'avais sept ans. Il était en paille, couleur doré avec un ruban de velours noir qui tombait dans mon dos. Ça devait être un péché que de se sentir aussi belle quand le monde me regardait à l'église. Ce papa c'était ma boussole.

C'est l'année de mes onze ans que tout a basculé. Papa a perdu son emploi, il a acheté un restaurant et deux ans plus tard on s'installait en arrière de ce petit resto. C'était un endroit beaucoup trop petit pour 9 personnes et un piano. Tante Alice a du partir et papa a vendu le piano. Je ne sais pas ce qui m'a fait le plus de peine. Pour moi, déménager sans le piano c'était impossible. Qu'est-ce que je ferai sans la musique que papa jouait pour moi. Mais toutes mes doléances n'ont servi à rien. Il ne rentrait pas dans notre nouveau chez nous.

Malheureusement, je n'ai pas le talent de papa et de tante Alice. Un jour, pas si lointain, je m'inscrirai à des cours privés. J'espère seulement que je serai meilleure sur un piano que sur un dactylo...

 « La musique... C'est un cadeau de la vie.
Ça existe pour consoler. Pour récompenser.
Ça aide à vivre.»
Michel Tremblay 
(écrivain, dramaturge et scénariste québécois)


jeudi 26 novembre 2009

Une p'tite phrase m'a fait pleurer...


Pourquoi, tu es triste Grimimi?

Mardi matin, c'est la sonnerie du téléphone qui m'a réveillée. À la quatrième sonnerie, j'ai décroché le combiné, juste à temps, et j'ai répondu "Allo". Je me doutais qui appelait. Vendredi passé j'avais reçu un appel à la même heure. Au bout du fil, c'est Th, mon petit-fils de 9 ans qui me dit : « Allo Grimimi » d'une petite voix faible qui sent la maladie. Mais cette fois, je ne lui demande pas comme je l'ai fait vendredi, Th, quelle heure est-il? et lui me répond « Grimimi, tu m'as dis que je pouvais t'appeler à n'importe quelle heure si j'avais besoin de toi. Je suis malade, je n'irai pas à l'école et maman veut que j'aille me faire garder chez Loulou (la voisine) et moi, je veux aller chez toi ». J'avais répondu : Viens t'en. J't'attends mon coeur! Il m'avait passé sa mère qui voulait savoir si ça me dérangeait. Pourtant, j'ai dit à mon fils M... que c'est un plaisir quand Th vient et s'il reste à coucher c'est le Bonheur.

Alors, hier matin, en entendant sa petite voix frêle, je lui ai dit : « Ça ne va pas Th.  Tu veux venir chez Grimimi? Viens vite!» Son père m'a dit qu'il faisait un otite et une bronchite. À 8h00, ils arrivaient. Le lit était déjà fait... ce qui est rare à cette heure car je suis presque toujours dedans. Mais quand il y a une fête, une sortie, une urgence, je me lève et vite je fais mon lit.
Il est arrivé en pyjama avec son sac noir contenant ses vêtements, ses cartes de hockey, son PSP, le numéro 2 des aventures d'Amos Daragon "la clé de braha". Il avait déjà déjeuner parce qu'il devait prendre son antibiotique, ce qui est tout un exercice, même si maintenant il le prend en comprimé. Son père m'a expliqué comment c'était passé la prise du médicament, tôt ce matin-là, et il ne semblait pas avoir trouvé ça comique.
« C'est pas vrai Th, t'as pas fait ça.»  "Ouiiiii".

On préparait le déjeuner quand il est arrivé et il connaît très bien notre routine. Lecture du journal "La Presse", mots croisés et sudoku. Il est venu me rejoindre pour faire le mots croisés "Junior". Quand il est là, je ne lis pas le journal sauf s'il y a des articles intéressants pour lui. Il a joué avec son PSP, montré ses cartes de hockey à Normand et on a fait un peu de lecture. Vers midi, il voulait une soupe Thaï aux crevettes. Normand est allé dans un petit resto lui acheter celle qu'il préfère. Tous les trois, on a mangé, avec appétit, cette délicieuse soupe santé et réconfortante.

Tout l'après-midi, on a joué au bowling sur la Wii. Il riait de mes scores... je n'avais pas joué depuis plus de 40 ans et en plus sur la Wii que je connais à peine. Mais, lentement, je m'améliorais et j'ai même eu droit à un "Grimimi t'es bonne" quand j'ai fait 217. Là, il a changé de jeu. Toujours au bowling mais on devait, à chaque fois, en jeter plus par terre. Mais, à la première partie, je l'ai encore battu. Puis, plus je jouais, plus je baissais ma moyenne. C'est Normand qui est venu me remplacer. Un peu de bowling, de baseball et c'était assez pour la Wii. On devait aller marcher sur le bord du lac mais il a changé d'idée. Son père a appelé pour lui dire qu'il viendrait le chercher vers 17h00. Comme il voulait rester jusqu'à 19h00, il m'a demandé de parler à son père. M... m'a expliqué que Th avait des leçons à étudier après trois jours d'absence. Je lui ai offert de ramener Th chez lui parce qu'on devait sortir.

En sortant du condo, j'ai dit à Normand que le nouveau concierge n'avait pas fait un beau travail en nettoyant les taches sur le tapis. C'est là, que Th a dit : « Grimimi, tu critiques tout le monde ». Th, pourquoi tu dis ça...? Qui est-ce que j'ai critiqué? « Le concierge ». Th, tu as dit « tout le monde ». Il essayait de trouver une réponse. Th quand on fait des accusations, on doit être capable de donner des explications, tu comprends? On est arrêté à la bibliothèque pour Normand et Th a choisi deux livres qui l'intéressaient. On l'a ramené chez lui. Sa mère, lui a dit qu'il avait reçu son bulletin et j'ai demandé si je pouvais le voir. Ses notes sont excellentes 90 et plus. Je suis repartie et en revenant à la maison, c'est dans la gorge que tout a commencé.

Je voudrais écrire le reste avec mes larmes...
Pourquoi une si petite phrase m'a t-elle tant bouleversée? Depuis son retour le 2 janvier 2009, après deux ans de silence, d'absence et de larmes, tous les jours ont été merveilleux. Qu'on se parle au téléphone, ou quand j'allais le voir jouer au soccer cet été, et là maintenant au hockey, il y a toujours que du doux dans nos yeux. Tous les deux, on avait tant de secondes, de minutes, d'heures, de semaines et de mois à reprendre.

Ma psy m'avait dit que je ne devais pas laisser passer sous silence ces deux années. Qu'il était important que j'en discute avec mon fils M... Quand j'ai tenté de le faire, après plus de quatre mois, il m'a répondu que c'était moi qui l'avait floché. M'man on avait toujours été bien ensemble. Et c'était vrai! Pourquoi alors n'avait-il pas rappelé lorsque je lui avais laisssé un message sur sa boîte vocale? Pourquoi pendant ces deux tristes années, je n'ai reçu ni cartes, ni lettres, ni appels, jamais un signe, rien et encore rien.

Il y a environ un mois, Th a vu le "B orange de Grimimi Sue" en jouant sur l'ordi. Il m'a demandé s'il pouvait peser. « Oui mais c'est entre nous deux d'accord ». Mardi, il m'a demandé pourquoi je faisais un blog. « Surtout pour les grands-parents, on ne peut pas toujours se taire et laisser faire ». Il a rencontré et parlé à des grands-mamans qui vivent le même drame et qui lui demandent s'il aime venir chez sa Grimimi. C'est toujours un gros "Oui" accompagné d'un beau sourire. Au début, quand il a commencé à venir, il m' a beaucoup questionnée. J'ai toujours su qu'il savait ce qui est vraiment arrivé. C'est un enfant très sensible en plus d'être intelligent. Il n'accepte pas le mensonge ou les demi-vérités.

«La pire défaite, en tout, c'est d'oublier et surtout ce qui vous a fait crever»
Céline

mardi 24 novembre 2009

Un p'tit commentaire au passage

La musique adoucit les moeurs...

Cette après-midi, vers 14h30, je visitais "Gelisa". Seule et tranquille, je lisais quelques anciens billets, quand j'ai vu en bas de la page des petits écrans pour écouter de la musique. J'avais un livre qui m'attendait, sur la p'tite table à côté d'un fauteuil confortable, près d'une fenêtre baignée de lumière. Mais la tentation était là et je n'ai pu résister en voyant les titres.

J'ai choisi et pesé sur le bouton. André Gagnon - Un piano sur la mer. Je pensais retourner à mon fauteuil et prendre mon livre. Dès les premières notes, je cherche un crayon pour écrire mes émotions...
"Je vis des moments magiques, j'ai le coeur lumineux, heureux, radieux. Tout est si calme...mon intensité intérieur se détend, je veux rêver, partir sur un nuage, je regarde dehors il n'y en a pas et la musique ralentie, c'est fini. On applaudit." Merci!

C'est trop beau, je dois en essayer un autre. Duo Fortin-Léveillé - Songe de Venise.
"Des notes douces, des accords plus forts. C'est l'euphorie, je découvre cette langoureusse mélodie. Mon corps bouge au rythme de cet air là. J'ai 66 ans, mais je vivrai longtemps parce que j'aime la Vie! Merci..."

Et ça continue. Debussy - Clair de Lune.
"Je fixe l'écran. Les images défilent, les notes s'enfilent, le son se faufilent en moi. Il me pousse, me retient, me berce et m'enlève. Cette musique et ce piano. Ce piano qui me rappelle les dimanches de mon enfance. Tante Alice et Papa au piano, seul ou à quatre mains, et moi assise sagement, je restais là. C'était si beau...." Merci!

J'en veux encore... Gabriel Faure - Piu Jesu.
"Je ferme les yeux, mon coeur s'emballe, je respire... Je suis couchée dans mon lit, la bougie scintille. Tous les soirs, avant de m'endormir, je demande qu'on veille et protège mes trois extraordinaires petits-enfants, leur grimimi, tous ceux que j'aime, ceux qui m'aiment et tous les autres... Quelle voix! C'est l'extase. Un moment de pure grâce. Merci!

J'ai écouté Bac - Sheep may safely Grace et ce fut la dernière pièce. Je me croyais sortie de mon corps, je survolais l'espace, j'étais en état d'osmose et rien ne pouvait être plus grandiose que cette musique par ce bel après-midi de novembre. Les hasards me comblent... (je reprends ici un commentaire reçu par Nanou La Terre aujourd'hui) Merci!


La gratitude est une fleur dans le jardin du coeur.
La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée.

dimanche 22 novembre 2009

*Chimidunchik*


doudouplanet.com  (Disney Tigrou)

«La dernière des libertés humaines
consiste à décider de sa conduite,
quelles que soient les circonstances»
Victor Frankl

L'ancien terme pour dire bagage était "chimidunchik"  Les êtres ont un fardeau à porter.  Une chose très lourde qui provient de notre passé comme un bagage hérité de l'enfance ou si nous avons eu une enfance heureuse, ce peut être un bagage amassé au long du chemin de la vie.  Tout le monde a un fardeau à porter et personne ne peut le porter à notre place.  C'est notre propre "chimidunchik".

Lorsqu'on choisit d'apprendre et de grandir, malgré le fardeau du monde, on vit pour la vérité profonde qui se cache dans les replis douloureux de la situation et pour les leçons de notre âme empaquetées dans notre "chimidunchik".  Ici commence la terreur, ici commence les miracles.

Les épreuves font naturellement partie de la vie humaine.  Écouter l'âme consiste à cesser de combattre la vie et à cesser de résister lorsque les choses s'écroulent : lorsqu'elles ne vont pas comme nous le voulons, lorsque nous sommes malades, lorsque nous sommes trahis, injustement traités ou incompris.  Écouter l'âme consiste aussi à ralentir, à ressentir les choses profondément, à voir clairement qui nous sommes, à accepter l'inconfort et l'incertitude puis à attendre...

On connaît peut-être certaines vérités sur nous-même mais on préfére néanmoins protéger le poulailler.  C'est lorsque nous laisserons le renard voler les oeufs que nous découvrirons la vérité sur la personne que nous sommes vraiment.
On verra finalement combien on idolâtrait les autres pour éviter d'assumer notre propre pouvoir, de prendre position, d'atteindre notre soi le plus noble et le plus radieux.


«Je sais seulement que j'ai changé de façon irrémédiable.» 

"Le big-bang intérieur"  Quand les épreuves guérissent l'âme
Elizabeth Lesser

mardi 17 novembre 2009

Es-tu grande fille?




Novembre 2005
"Pluche" un soir de pluie!

C'est cette toute petite question posée par l'optométriste lors de mon examen annuel qui a mis maman dans tous ses états. J'avais entre onze et douze ans et je connaissais bien cette expression. Maman disait depuis que j'étais toute petite : « Sue, fais ta grande fille.» J'ai hésité avant de répondre...parce qu'il fallait dire la vérité. Maman était là près du docteur. Pourquoi me demandait-il cette question?

Je devais répondre, je n'avais pas le choix et c'est là, timide et craintive, que je lui ai dit au docteur qui attendait ma réponse : « Pas toujours, parfois c'est moi qui fais la chicane chez nous.» Il a eu l'air étonné et a murmuré: « Ah oui...» Il y avait dans ces deux mots comme un sous-entendu et je me sentais encore plus mal à l'aise.

Je me revois encore sur le coin de la rue avec ma mère. On attendait l'autobus pour retourner à la maison, c'était le silence total, et soudain, maman a dit: « Qu'est-ce que tu as répondu au docteur? » Que parfois c'était moi qui faisais la chicane. Il faut que je précise que maman était sourde d'une oreille suite à une méningite lorsqu'elle était enfant.

Alors, seules sur le coin de la rue, le soir vers 20h00, elle a commencé à m'expliquer l'expression "Être grande fille". C'était une bonne mère, travaillante, propre, généreuse, toujours présente. Mais, parce qu'il n'y a jamais personne de parfait, elle était ni maternante, ni chaleureuse, ni ouverte, ni comique mais était capable de te faire sentir coupable. Plutôt que de mettre des mots elle a fait des gestes pour expliquer avec peu de mots que bientôt, à tous les mois, j'aurais mes règles et c'est comme ça que je deviendrais une femme. Enfin, toutes les deux sauvées par l'autobus qui arrivait, ma leçon 101 sur l'anatomie féminine a pris fin. De cette soirée là jusqu'au fameux jour J, j'ai pensé que l'écoulement viendrait de mes futurs seins parce que les mains de ma mère s'étaient promenées à cette hauteur durant la démonstration. Incroyalble mais vrai!

Lorsque j'ai consulté ma psy pour le rejet par mes enfants, je lui ai parlé de mon enfance évidemment... Le message envoyé par maman je le décodais et ça donnait : « Si tu es raisonnable, si tu fais ta grande fille, maman va être contente et elle va t'aimer...»

Je me suis appliquée et je suis devenue "perfectionniste" ce qui s'est traduit à peu près comme ça. Au jardin d'enfance (5 ans), j'ai joué la Grand-Mère dans la pièce de théâtre "Voulez-vous danser Grand-Mère", puis j'étais l'Ange dans la procession de la Fête-Dieu, le prêtre dans une pièce de théâtre où on jouait la messe.... J'avais la médaille or accroché à ma robe pour mon bon rendement et mes résultats scolaires. Si je perdais la médaille parce que j'arrivais deuxième, j'étais déçue et je travaillais plus fort pour la reprendre.

Je me suis mariée avec le frère de mon amie, je venais d'avoir 17 ans et lui 24 ans. Quelques mois avant le mariage maman m'a dit: «Je n'irai pas chez vous parce qu'on va enjamber les tas.» Cette phrase blessante m'a marquée au fer rouge et la petite perfecionniste est devenue LA perfectionniste. J'étendais ma lessive sur une corde à linge à l'extérieur. Après avoir épinglé 3 serviettes rayées rose, 3 rayées jaune, si j'en retrouvais une rayée rose, j'enlevais les 3 jaune pour épingler la rose. C'était maladif ce comportement mais j'étais incapable de faire autrement. Je ris... (parfois jaune) en tapant ce billet. Tout doit être à sa place, par couleurs, du plus pâle au plus foncé, jamais de couleurs mélangées, manches courtes, manches longues, etc... Depuis que j'ai confié ce secret à ma psy, je me suis beaucoup améliorée...

Mais il n'y a pas eu que cette conséquence à cette petite phrase bien anodine. J'ai toujours fait les choses pour être aimée. Avec ma famille, mes amis/es et au travail, Sue était toujours souriante et gentille. Ce qui envoyait ce message à mon entourage « Demandez à Sue, elle est bonne, elle est capable... J'héritais des rideaux à confectionner, des enfants à garder, des tâches à terminer, des salles de bains à tapisser, des fleurs à planter et des décorations à trouver. Un jour, "ma psy" m'a dit : « Sue vous allez commencer à dire NON. Vous avec 63 ans, il est temps d'arrêter de toujours donner votre approbation à tout le monde. À partir d'aujourd'hui, si votre fils M... vous invite au restaurant comme il l'a fait à la Fête des Mères et qu'il vous parle encore pendant 1h30 de la fission nucléaire, ou autre, après 10 minutes seulement, vous lui direz: M... c'est peut-être très intéressant pour toi mais moi ça ne m'intéresse pas vraiment, on peux-tu parler d'autre chose? »

Et c'est ce que j'ai doucement fait. Je suis moins entourée mais mieux entourée. Parce que mes deux fils m'ont rejetée, je suis devenue maintenant une femme plus authentique et fière de l'être. Je ne regrette jamais la Sue d'avant...

P.S. Un jour d'été, j'étais au resto avec papa et j'avais mal au ventre. Il m'a retournée à la maison. Lorsqu'il y a eu une livraison à faire, il a appelé maman mais j'étais couchée. Enfin, maman sortirait.... Dès son départ, je me suis levée. Tante Alice demeurait avec nous et était en vacances (Merci et encore Merci). Bien installée devant la planche à repasser, je lui ai dit : « J'ai sali 5 petites culottes.» Elle s'est levée, a pris le téléphone et j'ai entendu : « Rosaire, donne tout ce qu'il faut à Armance, ta fille est "grande fille" Et voilà, c'était donc ÇA! J'avais été incapable de le dire à ma mère parce que j'avais peur qu'elle pense que je m'étais touchée.

J'ai déjà commencé le Processus du Phénix...


vendredi 13 novembre 2009

Partir à Zéro...

Réalisée par SueL en 2003

Hier, quelle belle journée, 18 degrés! Le matin, pas très tôt, après tout je suis à la retraite, je prenais mon déjeuner, fruits frais, bagel et café, tout en lisant "La Presse". Le soleil pénétrait doucement dans la salle à manger et on aurait dit qu'il m'envoyait un message codé. Va jouer dehors il fait si beau, profites-en!

C'est ce que j'ai fait vers 14h00. J'ai marché lentement sur le sentier qui longe le bord du lac, j'ai respiré et admiré la nature dont un majestueux saule pleureur sûrement centenaire, j'ai écouté le ramage des bruants, mésanges et autres et encore une fois, j'ai senti le bonheur m'envahir... Quelle chance d'être ici!

En soirée, je ne suis pas sortie...mais j'ai fait quelques visites, écrit des commentaires et lu des billets souvent brillants, palpitants et touchants... Vers 23h15, j'arrivais chez "Lionne au fil des jours" pour lire: "Des hauts et des bas..." et j'ai cru lire mon histoire, presque mon histoire... j'ai même dit à Normand «Viens lire ça Normand...»

Tout a commencé, un lundi matin d'avril 1977. Une amie me téléphone et me demande: «Veux-tu remplacer la secrétaire..» Le vendredi après-midi, elle avait laissé sa chaise vide après une prise de becs avec un vautour qui était agent immobilier. Je prenais des cours de dactylo afin de devenir secrétaire. Je tapais +/-15 mots/minutes en français et 9 mots/min. en anglais et je n'étais pas bilingue. Mais sans secrétaire-réceptionniste, les agents ergotaient. Le directeur en écoutant mon CV me regardait incrédule, mais comme il n'avait pas vraiment le choix, j'ai pris la chaise vacante pour une semaine.

J'ai tout de suite aimé ce milieu. C'était vivant et dynamique. J'aurais ce poste et j'ai fait ce qu'il fallait. Surtout ne jamais rien demander à mon directeur si je voulais garder l'emploi et la chaise. Après un mois, le bureau chef m'a convoquée pour des tests, pas de santé mais de compétence. Cette journée-là, j'ai su que je faisais vraiment 15 mots à la minutes. Pitoyable!

Le lendemain matin, en arrivant au bureau, je me sentais vidée. Personne ne pouvait savoir, j'ai gardé la tête froide et fait mon travail. Quand j'ai transmis l'appel du bureau chef à mon directeur je connaissais la raison. Après un long silence...j'ai entendu mon patron dire : «elle est très débrouillarde, elle va s'en sortir et les agents l'aiment». Je suis devenue secrétaire à 160.$ par semaine. J'étais folle de joie!

J'avais 34 ans, 17 ans de mariage et deux enfants de 12 et 15 ans. Ce n'était pas mon premier emploi, mais le premier où je me sentais valorisée. Puis, un jour d'octobre 1978, j'ai vu entrer l'Homme. Fin trentaine, belle gueule, yeux pers, pas très grand mais une démarche autoritaire et une voixxxxx . Il prenait son cours d'agent immobilier et venait rencontrer le directeur.

En février 1979, il a commencé sa carrière d'agent dans notre succursale du Trust Royal. Il était marié et avait 2 filles de 2 et 6 ans. Tout le monde le trouvait un peu mystérieux...Il faisait ce qu'il avait à faire et n'allait jamais manger en gang. Il dinait seul ou avec un autre agent, toujours dans le même petit resto près du bureau où parfois je me trouvais avec mon directeur.

C'est en avril 1981 que tout a changé. Lors d'une sortie de bureau à la "Cabane à Sucre Constantin" de St-Eustache, Normand m'a demandé si je voulais monter avec lui. Je ne pouvais pas mais il m'a dit qu'il me ramènerait à la fin de la soirée. Je garde, de cette soirée Cendrillon, aucun goût des mets et même de la tire. Ce soir là, nos destins n'étaient plus entre nos mains...

Et la belle romance a commencé... Il m'écrivait des billets doux, m'invitait dans des endroits inconnus, me faisais apprécier le goût des bonnes choses et découvrir tous les plaisirs. Et de sorties en sorties, l'amour s'est installé confortablement. Les fins de semaine, on restait toujours avec nos familles. Moi qui n'avait jamais sorti avec un autre homme que mon mari, je me suis sentie perdue mais vivante dans les bras de cet homme qui me faisait renaître. Il y a quelque chose de troublant à aller au-delà de ce qui nous est familier.

Deux mois plus tard, j'avais tout quitté. Mari, enfants, maison, pour aller vers la liberté. On a loué un 4 pièces avec frigo et cuisinière inclus. J'avais apporté le divan et le fauteuil du sous-sol, une table et 4 chaises du garage, de la vaisselle, de la literie et beaucoup d'amour et d'espoir.

Normand est arrivé 2 jours plus tard. Ce fut les 2 seules journées de ma vie où j'ai vécu seule et il m'arrive de penser que...j'ai manqué de solitude. C'était un petit déménagement. Bureau et lampe de travail, système de son et disques, rasoir et quelques bricoles. Mais il y avait aussi UN SAC VERT dans lequel on avait mis des serviettes qui sont allés directement dans le sac à guenilles, ses bas, sous-vêtements et quoi d'autres...

Pendant deux ans, chaque soir on faisait le même rituel. Normand prenait les 3 coussins du divan et les installaient dans la chambre et moi j'étendais un matelas gonflable (camping) à côté. Au début, il y avait des moments difficiles, non pas par manque de confort ou de matériel, mais parce que j'avais laissé des êtres que j'aurais voulu différents et cela est impossible. En septembre 82, on était en récession et mon bureau a fermé. J'ai perdu mon emploi et la porte s'est ouverte pour moi. Je suis devenue agent immobilier et j'ai pratiqué ce métier pendant 21 ans.

Les ex n'ont pas vraiment collaboré. Il y a eu de la frustration et des communications tendues mais on a laissé faire et dire. Personne ne mettrait notre amour en péril. Aujourd'hui, après plus de 28 ans, je pense que l'on a pu surmonter les épreuves grâce à notre force de caractère et notre résilience.

On dit que ce que nous cherchons tous, c'est un sens à la vie. Or, je ne crois pas que ce soit là ce que nous cherchions. Je crois plutôt que nous cherchons à nous sentir vivants (...) afin de pouvoir ressentir vraiment l'extase d'être en vie.

On a été compagnons d'armes dans le travail et dans la vie. Nous nous sommes toujours occupés de nos enfants et avons, malgré les différences d'âge, réunis le plus souvent possible tout ce beau monde. Mon ex ne m'a jamais pardonné, même s'il a refait sa vie trois fois depuis mon départ. Il dit a nos fils qu'ils hériteront de la maison et bla bla bla....
Normand et moi, on a le bonheur qui s'étire...

mardi 10 novembre 2009

La peur d'avancer

"Cette belle chanson je la dédie aux blogueuses"

"La Peur"
Choisir d'affronter ou s'laisser dériver
Défier, ramer ou sombrer et tomber
S'égarer, se perdre
Pour mieux se retrouver
Marcher avec le danger
Quitte à pelleter d'la merde
S'élancer à la hauteur
De ses idées
Ou condamner son coeur
À ravaler et ravaler
La peur d'avancer
Mène à plier et craquer
S'aventurer, se déployer
Ça empêche d'étouffer

Aller au bout, se dépasser
Ou engourdir et pourrir
Aller au bout, se défoncer
Ou faiblement, se mentir
Mener sa vie ou la suivre
La savourer, la souffrir
L'affronter, la vivre
Ou capituler et mourir
I'm ready to fight

Choisir d'affronter ou s'laisser dériver
Aller au bout ou se dépasser
Ou sombrer, renoncer et tomber
Mener sa vie ou la suivre
La savourer, la souffrir
L'affronter, la vivre
Ou capituler et mourir

La peur d'avancer
Mène à plier et craquer
S'aventurer, se déployer
Ça empêche d'étouffer

I'm ready, I'm ready, I'm ready

Yann Perreau
Auteur-compositeur-interprète
Entendue à l'émission "Belle et Bum" en janvier 2008

* Photo - Tysa, la petite-fille de Normand *

samedi 7 novembre 2009

C'était notre "Vendredi Heureux"

"Vendredi Heureux" 7 septembre 2007

Il était 22h20, ce soir, quand je suis revenue à la maison après avoir reconduit mes deux adorables petits-fils à leurs parents. Hier, en cherchant une photo pour mon billet "C'est ça le bonheur", j'ai retrouvé cette très belle photo prise lors de notre pique-nique du "vendredi heureux" 7 septembre 2007. Quel beau souvenir...

Aujourd'hui, comme toutes les fois qu'ils se voient, une fois par mois de 16h00 à 21h30, je savais que Th et Jo s'amuseraient. Il y a du bonheur dans leurs yeux et leurs beaux sourires montrent leurs nouvelles dents. Les deux cousins ont maintenant 10 et 9 ans et sont complices du plaisir depuis leurs premiers pas...

Quand le tribunal, en juillet 2007, m'a accordé des droits d'accès, article 611 du CcQ,  pour "Ma Puce" 10 ans et pour Jo 8 ans, nos retrouvailles eurent lieu le vendredi 3 août 2007. Devant moi, j'ai le cahier dans lequel les enfants ont écrit. "Ma Puce" a nommé ce cahier "Évolution" et tous nos futurs "vendredis heureux" devaient porter un nom. Cette liste a été faite par mes deux petits-enfants assis sur la terrasse pendant que je préparais une jolie table pour nos douces retrouvailles.

- Nos retrouvailles
- La fête de Grimimi
- Les fêtes des petits coquins
- Les rencontres mensuelles
- Les party entre nous
- Les rendez-vous vendredi-tout
- Grandir ensemble...
- Les vendredis fast food
- Les conneries du vendredi
- Les vendredis heureux
- Les vendredis des voyoux

Lors de notre première rencontre, je leur avais demandé s'ils aimeraient à chaque visite, écrire une histoire à quatre mains, sans queue ni tête... "Ma Puce" a tout de suite répondu OUI mais son frère hésitait... Après lui avoir dit que dans le cahier on écrirait ce qui nous passait par la tête, ex: la poule court vers les nuages...., il était d'accord.

Et c'est comme ça que la glace s'est tout de suite cassée... Sur la première page, on a fait un dessin et écrit un petit texte.

1. Dessin et texte: Un Coeur Rouge
"Rouge la couleur de l'amour - Coeur émotion tout court - Ensemble pour rire et se dire - Qu'à la prochaine se sera encore un beau vendredi". Grimimi Sue xox

2. Dessin et texte: Un livre
"Lire c'est apprendre les termes de la vie. Et c'est comprendre de nouveaux mots". "Ma Puce", 10 ans

3. Desssin et texte: Des flammes
Le feu c'est dangereux pour les humains. C'est une source d'énergie. Jo, 8 ans

4. Dessin et texte: Tête qui crache du vent
Les enfants c'est comme le vent c'est rafraîchissant. Ça sème le froment et momentanément il se détend en nous caressant de bonheur. Normand, Éole (Dieu des Vents)

Le 3 août 2007 "Les Retrouvailles et les fêtes des enfants"
Le 12 août "La fête de Grimimi Sue"
Le 7 septembre "Le party entre nous"
Le 5 octobre "Les conneries du vendredi et malheureusement le dernier de Mève...
Le 2 novembre est devenu un rendez-vous manqué
Jo, mon petit-fils est revenu le 28 décembre et ne manque jamais un "vendredi heureux"
Mève, ma petite-fillle n'est jamais revenue. Je sais qu'un jour elle reviendra...

"J'ai besoin du désir de croire,
pour accrocher mon angoisse à une certitude"
Emmanuel Carrère - Un roman russe

vendredi 6 novembre 2009

Le bonheur c'est ça...

"Th est avec nous!"

Il était 22h40 quand Th s'est endormi après avoir mangé son oeuf brouillé, 2 toasts et m'avoir lu deux pages de son livre "Amos Daragon, porteur de masques". Ce soir, il jouait au hockey à 19h00 et je savais qu'après sa partie, il revenait avec nous parce qu'il n'a pas d'école demain et qu'en plus, il veut être là pour le "vendredi heureux" de Jo.

En juillet 2005, avec mon fils M.. et sa conjointe Li, nous avons loué, pour deux semaines, un chalet au Lac Labelle. Th avait cinq ans. Nous sommes partis heureux, chacun dans notre auto, un beau samedi chaud et ensoleillé. On se suivait au cas où... Premier arrêt, "La Porte du Nord", près de St-Jérome. Une p'tite bouchée, détour vers les toilettes et on repart vers les vacances. Mais avant d'arriver au chalet il fallait absolument trouver un endroit où acheter des vers de terre pour la pêche.

Il fait chaud, on a hâte d'arriver...et enfin on y est. C'est un bel endroit dans la nature, au bord du lac et le chalet est confortable. Tout est là pour passer de très belles vacances. Nous rentrons les bagages et plaçons la nourriture dans le frigidaire. Tout est terminé ou presque... Normand me présente son contenant en styromousse (vers) qu'il veut mettre dans le frigo. Je refuse, j'ai dédain, je lui dis de laisser ça dans la glacière dehors. Mais il argumente. Il fait trop chaud, ils vont mourir... Pas le choix. Je les laisse entrer dans le frigidaire et Th qui assiste à cette petite prise de bec nous regarde et me dit : «Ça fait rien grand-maman, il y a un couvercle»

On prépare les fruits, les serviettes, les crèmes solaires, les chapeaux, les jouets et on va tous s'installer sur le quai. La belle vie! M... a monté son bateau et il y a un pédalo fourni. C'est une première journée bien remplie et tout le monde est couché vers 23h00. Les chambres sont à l'étage. Le matin Th se lève tôt même en vacances. Sa mère est descendue en bas avec lui pour nous laisser dormir.

Quand je me suis levée vers 8h00, j'ai eu toute une surprise... Les vers de terre se promenaient à l'extérieur devant le frigo. Th et sa mère avaient vu le spectacle et imaginaient la tête que je ferais... «Normand vient vite voir tes maudits vers...» Il les a ramassés, mis dans un autre contenant et remis au frigo. Mais ce que Th a retenu c'est ce que grand-maman a dit: «les maudits vers». Et avec cette histoire de vers, il a composé une petite chanson, en prenant l'air d'une autre chanson appris à l'école. Pendant toutes nos vacances, tout le monde chantait cette entrainante balade...

Sa mère travaillait la première semaine et nous étions trois adultes pour nous occuper de cet enfant adorable mais qu'il fallait toujours amuser. Tous les jours, il partait à la pêche en pédalo avec Normand et pendant 4 heures, sans bouger, il lançait sa ligne à l'eau, la retirait, et c'est comme ça qu'il a appris à pêcher et qu'il a vu un chevreuil sauté dans le lac...

Un jour, Th me demande s'il pouvait m'appeler "grand-mimi". «Oui! c'est très beau, j'aime ça.» Mais quand on a mis le mot au masculin... ça donnait "grand-pipi." On s'est regardé en riant et là, il a réalisé que c'était drôle mais... Je lui ai dit: «Je ne pense pas que Papi Normand va aimer ça». Pense à un autre mot. Quelques minutes plus tard, il m'a suggéré ce très touchant "Grimimi" et Normand a accepté "Gripipi", qui est devenu "Grip".
Ces quinze jours passés ensemble sont inoubliables et voici la lettre que j'avais écrite à Th.

Le 29 juillet 2005.
Boujour Th, mon beau et valeureux Chevalier,
Les vacances au Lac Labelle sont gravées pour toujours dans ma mémoire. Il y a eu les maudits vers, les moustiques qui piquent, les planchers qui craquent, les portes qui grincent et les nuits trop chaudes.

Mais surtout Th il y a eu ces magnifiques journées ensoleillées, les pieds dans l'eau pour se rafraîchir, la pêche aux ménés, aux écrevisses, et le plaisir de te voir partir à la vraie pêche avec Papi Normand (surnommé Gripipi), le casse-tête de 1,000 pièces que l'on a fait tous enssemble, la recherche dans tes livres pour trouver je ne sais pas qui, la pâte à modeler et les combats de sous-marins à l'heure du bain.

Il y a eu aussi cette délicieuse lasagne, ces moelleuses brioches à la cannelle, ces divines tartes aux pacanes et ce maïs soufflé lors de nos soirées cinéma.
Et puis comment peut-on oublier "Denis la petite peste et M. Wilson" qui m'ont fait me bidonner, et la séance de photos avec toujours ta même petite phrase "Souriez... M. Wilson."
Pour tout cela et encore plus, je t'embrasse sur les deux joues, te donne un beau bec chinois et te remercie d'être toi. Grimimi pour la Vie, je t'aime gros comme xxxxxxxxx ça.
Le bonheur c'est ça!

dimanche 1 novembre 2009

Ce n'était pas l'Alloween...


Alice patiente durant que j'écris ce billet...

Il est 2H17. Impossible de dormir... les émotions se bousculent et je dois m'en libérer. Pourtant j'ai un très bon livre qui m'attend mais c'est l'écriture qui va l'emporter.
À 12h20, je fermais la porte derrière mes invités. Après un repas au restaurant, c'est chez nous que la soirée s'est poursuivie... Je vous ai déjà parlé de grand-maman Fanie et "petit bébé d'amour", et de mamie Gigi et "Petite Princesse". Je connais les grands-parents de "petit bébé d'amour" depuis mars 2008. J'étais membre, depuis août 2007, d'une Association qui renseigne les grands-parents privés de voir leurs petits-enfants et j'assistais à une réunion. Fanie et C. étaient arrivés de voyage la veille et y assistaient pour la première fois.

Comme tous les grands-parents qui se retrouvent dans cette situation, ils cherchaient de l'aide... Après quelques rencontres (1 fois par mois) nous ne trouvions pas l'écoute dont nous avions tant besoin. C'est en partageant nos peines et nos joies que nous ressentions le plus de réconfort et c'est ainsi que notre amitié s'est consolidée. J'ai quitté l'Association en août 2008. J'aurais aimé qu'on parle moins de la loi mais qu'on mette un peu plus de baume sur les blessures du coeur et de l'âme. Si les AA ont réussi par des partages à guérir les gens, on devait faire la même chose c'est-a-dire PARTAGER.

Après quelques conversations téléphoniques avec mamie Gigi, ce soir, nous nous rencontrions pour la première fois. J'ai souvent parlé à des grands-parents, lors d'écoute active, comme bénévole pour l'Association. Il y a tant de souffrances que je ne peux trouver les mots pour les décrire. Ce soir, devant moi, il y avait un beau couple dans la cinquantaine, une belle vie, pas riche mais à l'aise, belle maison, deux autos, les deux travaillent. Des gens intéressants, cultivés et humains qui vivaient une vie bien remplie avec leur fille unique, leur gendre et "Petite Princesse."

Lorsqu'ils ont appris que leur fille était enceinte, ils étaient si heureux. Papi A.., a sorti ses outils. Par temps libre, il a fait le plus beau des berceaux en bois, sculté finement et gravé «de ton grand-papa.» Ils sont allés avec leur fille acheter la literie qu'elle aimait. C'était le bonheur! Puis quand il a eu fini, Papi A.., s'est trouvé un nouveau défi. Là, il a fait un cheval berçant, mais pour la crinière comment on fait ça... Mamie et Papi ont fait des recherches et ont trouvé la meilleure façon de faire pour que ce cheval ait fier allure. Très heureux... tout le monde attendait ce petit bébé.

Ce n'est pas un bébé mais une "petite princesse" qui est arrivée un matin de novembre 2004. Tous les yeux étaient fixés sur cette petite fille à la peau si douce, et belle comme le soleil. Un mois plus tard, Papi a sorti ses pinceaux pour faire un tableau avec la photo prise de la maman tenant sa princesse, dans ses bras, quelques heures après l'accouchement. C'était le bonheur!

La famille coulait des jours heureux mais parfois la vie nous joue de vilains tours... Et c'est ce qui arriva malheureusement à Mamie Gigi et Papie A.., Sans savoir pourquoi, lentement ils ont été tassés et empêchés de voir "Petite Princesse." Ils sont beaux, gentils, polis, doux et intelligents. Ils ne sont pas hideux, méchants, vulgaires, rustres mais ils sont si malheureux. J'aurais voulu avoir les mots pour les consoler...


Le berceau et le cheval ont été vendus dans une vente de garage...

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