vendredi 13 novembre 2009

Partir à Zéro...

Réalisée par SueL en 2003

Hier, quelle belle journée, 18 degrés! Le matin, pas très tôt, après tout je suis à la retraite, je prenais mon déjeuner, fruits frais, bagel et café, tout en lisant "La Presse". Le soleil pénétrait doucement dans la salle à manger et on aurait dit qu'il m'envoyait un message codé. Va jouer dehors il fait si beau, profites-en!

C'est ce que j'ai fait vers 14h00. J'ai marché lentement sur le sentier qui longe le bord du lac, j'ai respiré et admiré la nature dont un majestueux saule pleureur sûrement centenaire, j'ai écouté le ramage des bruants, mésanges et autres et encore une fois, j'ai senti le bonheur m'envahir... Quelle chance d'être ici!

En soirée, je ne suis pas sortie...mais j'ai fait quelques visites, écrit des commentaires et lu des billets souvent brillants, palpitants et touchants... Vers 23h15, j'arrivais chez "Lionne au fil des jours" pour lire: "Des hauts et des bas..." et j'ai cru lire mon histoire, presque mon histoire... j'ai même dit à Normand «Viens lire ça Normand...»

Tout a commencé, un lundi matin d'avril 1977. Une amie me téléphone et me demande: «Veux-tu remplacer la secrétaire..» Le vendredi après-midi, elle avait laissé sa chaise vide après une prise de becs avec un vautour qui était agent immobilier. Je prenais des cours de dactylo afin de devenir secrétaire. Je tapais +/-15 mots/minutes en français et 9 mots/min. en anglais et je n'étais pas bilingue. Mais sans secrétaire-réceptionniste, les agents ergotaient. Le directeur en écoutant mon CV me regardait incrédule, mais comme il n'avait pas vraiment le choix, j'ai pris la chaise vacante pour une semaine.

J'ai tout de suite aimé ce milieu. C'était vivant et dynamique. J'aurais ce poste et j'ai fait ce qu'il fallait. Surtout ne jamais rien demander à mon directeur si je voulais garder l'emploi et la chaise. Après un mois, le bureau chef m'a convoquée pour des tests, pas de santé mais de compétence. Cette journée-là, j'ai su que je faisais vraiment 15 mots à la minutes. Pitoyable!

Le lendemain matin, en arrivant au bureau, je me sentais vidée. Personne ne pouvait savoir, j'ai gardé la tête froide et fait mon travail. Quand j'ai transmis l'appel du bureau chef à mon directeur je connaissais la raison. Après un long silence...j'ai entendu mon patron dire : «elle est très débrouillarde, elle va s'en sortir et les agents l'aiment». Je suis devenue secrétaire à 160.$ par semaine. J'étais folle de joie!

J'avais 34 ans, 17 ans de mariage et deux enfants de 12 et 15 ans. Ce n'était pas mon premier emploi, mais le premier où je me sentais valorisée. Puis, un jour d'octobre 1978, j'ai vu entrer l'Homme. Fin trentaine, belle gueule, yeux pers, pas très grand mais une démarche autoritaire et une voixxxxx . Il prenait son cours d'agent immobilier et venait rencontrer le directeur.

En février 1979, il a commencé sa carrière d'agent dans notre succursale du Trust Royal. Il était marié et avait 2 filles de 2 et 6 ans. Tout le monde le trouvait un peu mystérieux...Il faisait ce qu'il avait à faire et n'allait jamais manger en gang. Il dinait seul ou avec un autre agent, toujours dans le même petit resto près du bureau où parfois je me trouvais avec mon directeur.

C'est en avril 1981 que tout a changé. Lors d'une sortie de bureau à la "Cabane à Sucre Constantin" de St-Eustache, Normand m'a demandé si je voulais monter avec lui. Je ne pouvais pas mais il m'a dit qu'il me ramènerait à la fin de la soirée. Je garde, de cette soirée Cendrillon, aucun goût des mets et même de la tire. Ce soir là, nos destins n'étaient plus entre nos mains...

Et la belle romance a commencé... Il m'écrivait des billets doux, m'invitait dans des endroits inconnus, me faisais apprécier le goût des bonnes choses et découvrir tous les plaisirs. Et de sorties en sorties, l'amour s'est installé confortablement. Les fins de semaine, on restait toujours avec nos familles. Moi qui n'avait jamais sorti avec un autre homme que mon mari, je me suis sentie perdue mais vivante dans les bras de cet homme qui me faisait renaître. Il y a quelque chose de troublant à aller au-delà de ce qui nous est familier.

Deux mois plus tard, j'avais tout quitté. Mari, enfants, maison, pour aller vers la liberté. On a loué un 4 pièces avec frigo et cuisinière inclus. J'avais apporté le divan et le fauteuil du sous-sol, une table et 4 chaises du garage, de la vaisselle, de la literie et beaucoup d'amour et d'espoir.

Normand est arrivé 2 jours plus tard. Ce fut les 2 seules journées de ma vie où j'ai vécu seule et il m'arrive de penser que...j'ai manqué de solitude. C'était un petit déménagement. Bureau et lampe de travail, système de son et disques, rasoir et quelques bricoles. Mais il y avait aussi UN SAC VERT dans lequel on avait mis des serviettes qui sont allés directement dans le sac à guenilles, ses bas, sous-vêtements et quoi d'autres...

Pendant deux ans, chaque soir on faisait le même rituel. Normand prenait les 3 coussins du divan et les installaient dans la chambre et moi j'étendais un matelas gonflable (camping) à côté. Au début, il y avait des moments difficiles, non pas par manque de confort ou de matériel, mais parce que j'avais laissé des êtres que j'aurais voulu différents et cela est impossible. En septembre 82, on était en récession et mon bureau a fermé. J'ai perdu mon emploi et la porte s'est ouverte pour moi. Je suis devenue agent immobilier et j'ai pratiqué ce métier pendant 21 ans.

Les ex n'ont pas vraiment collaboré. Il y a eu de la frustration et des communications tendues mais on a laissé faire et dire. Personne ne mettrait notre amour en péril. Aujourd'hui, après plus de 28 ans, je pense que l'on a pu surmonter les épreuves grâce à notre force de caractère et notre résilience.

On dit que ce que nous cherchons tous, c'est un sens à la vie. Or, je ne crois pas que ce soit là ce que nous cherchions. Je crois plutôt que nous cherchons à nous sentir vivants (...) afin de pouvoir ressentir vraiment l'extase d'être en vie.

On a été compagnons d'armes dans le travail et dans la vie. Nous nous sommes toujours occupés de nos enfants et avons, malgré les différences d'âge, réunis le plus souvent possible tout ce beau monde. Mon ex ne m'a jamais pardonné, même s'il a refait sa vie trois fois depuis mon départ. Il dit a nos fils qu'ils hériteront de la maison et bla bla bla....
Normand et moi, on a le bonheur qui s'étire...

23 commentaires:

  1. Je ne peux que dire ceci : "Merci". Ça donne foi en l'avenir, encore plus.

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  2. Ce billet me redonne de l'espoir malgré certains doutes qui m'assaillent continuellement.

    Merci d'avoir partagé ce moment privilégié avec nous ! :-)

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  3. Belle Lionne,

    Tout doux la vie sera, parfois il y aura des bas, mais la Vie c'est comme ça.

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  4. Jean-François,

    Les doutes font partis de ce beau projet de bonheur.

    Laisse-toi juste un peu de temps...

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  5. Très touchant! Il t'as fallu beaucoup de courage pour laisser tout ça "derrière" toi?!

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  6. C'est une histoire d'amour qui fini bien.Et qui fut intéressante à lire.

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  7. Jane,

    Voici une citation de Anaïs Nin qui décrit très bien pourquoi j'ai du partir.

    «Vint un temps où le risque de rester à l'étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d'éclore.»

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  8. Solange,

    Oui, c'est une belle et vraie histoire d'amour.

    Sans véritable amour, cette grande épreuve avec mes enfants aurait peut être entrainé une séparation...

    Merci du détour et à bientôt!

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  9. je suis devant une aussi belle romance qui dure encore
    félicitations

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  10. MERCI POUR TON COM
    VIENS ME LIRE STP
    J AI BESOIN QUE TU ME LISES SUR LE DERNIER TEXTE

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  11. Lilia,

    Enveloppée de tendresse en racontant cette belle histoire, il y a des tiroirs qui cachaient de grosses blessures et qui sont enfin restés fermés. Je ne peut oublier...ces blessures mais j'ai décidé d'avancer.

    Merci de ton détour et à bientôt...

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  12. Chacun de nous choisit sa voie: pour certains, chaque jour est une lutte; pour d'autres, comme pour toi, c'est une réussite.

    Cette citation : «Vint un temps où le risque de rester à l'étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d'éclore.» est très forte mais se séparer de ses enfants me semble, à moi, une épreuve plus douloureuse que tout le reste.

    Que ta romance "normande" te mène très loin...

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  13. Epamin,

    Quitter les êtres que j'aimaient le plus, laisser mon chien, ma maison, mes meubles n'a pas été facile loin de là. C'était mes premiers Amours et pour la Vie...

    Avoir deux fils brillants qui décrochent avant d'avoir terminé leur secondaire fut pour moi un échec auquel j'ai mal réagi.

    Leur père me répétait sans cesse «TES GARS, ils ne feront jamais rien de bon». Il cognait toujours sur le même clou...peut être pour se sentir plus fort.

    Ils avaient tous choisi leur voix, en mettant de côté l'effort intellectuel, la communication et un peu d'ambition.

    Je ne faisais plus partie de leurs projets. Ils avaient 45 ans, 19 ans et 16 ans. Peut être que ce départ leur a fait comprendre que la vie n'était pas faite que d'étoiles.

    Je ferai mon prochain billet sur l'après séparation...

    Merci Epamin de ton détour qui m'a
    permis un échange ouvert...

    À très bientôt...

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  14. Je ne lirai pas les commentaires précédents avant d'écrire le mien.
    Personne n'a le droit de juger autrui et qui suis-je moi, pour te juger.
    Je sais qu'il arrive qu'on ne puisse contrôler les élans du coeur. Je pense aussi qu'avec le temps que tu as fait le bon choix. Comme je peux imaginer comment la séparation avec tes enfants a dû être difficile.
    Merci de ton courage à partager cette tranche de vie...

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  15. Bien chère Grimimi,

    Il va de soi que je ne porte aucun jugement sur ta décision et que tu n'as pas à te justifier. Je te remercie d'autant plus d'avoir pris la peine de répondre longuement à mon commentaire.
    Pour avoir moi-même vécu des choses "pas très faciles", je défends l'idée que chacun doit agir en son âme et conscience et que les conseilleurs et les censeurs doivent se taire.
    Je voulais juste dire que, par rapport à ma propre histoire, il ne m'aurait pas été possible de me séparer de ma fille.

    Raconter tes blessures, tes choix, tes doutes et tes espoirs demande une très grande force et beaucoup de courage. Je te remercie de mettre, pour nous, des mots sur tes émotions si personnelles et de les offrir à ceux qui en ont sans doute besoin.

    Très belle journée à toi!

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  16. Bonjoour Nanou,

    J'ai beaucoup de plaisir à découvrir ta petite phote et tes tendres mots.

    Parfois, même un mauvais choix est plus salutaire que de ne rien faire...

    Dans mon cas, ce choix m'a permis d'évoluer et d'avancer.

    Merci et à bientôt!

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  17. Chère Epamin',

    Pendant longtemps, il n'y a pas eu de communications et aujourd'hui je livrent mes émotions sans honte ni culpabilité.

    Je poursuis avec vous ma thérapie. Cela me permettra d'avoir des différentes opinions et aussi d'apprendre.

    Je serai toujours très contente de voir ton Esperluette...

    Tu vois ta présence sur mon blog m'a déjà permis d'enrichir mon vocabulaire. MERCI!

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  18. Bonjour Grimmi,

    Tu sais, quand je me suis marié, j'ai demandé à mon homme de me promettre deux choses; de me prioriser toute la vie durant, et je ferai la même chose pour lui, et de ne jamais aller au lit fâché ou avec une crotte sur le coeur...

    Et moi, je me suis promis de rester dans cette union tant et aussi longtemps que j'y serai heureuse et qu'il respecterais ces promesses...

    Je crois qu'il faut être honnête avec soi-même dans la vie.

    C'est un gros partage que tu as fait...
    Ça prends du courage...

    Bonne journée xox

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  19. Dominique,

    Je me suis mariée avec tant d'illusions mais je ne le savais pas à ce moment.

    J'ai toujours été fidèle dans mes gestes et mes paroles. Quand mon coeur a battu pour quelqu'un d'autre, je lui ai demandé d'attendre. Je devais être certaine de mes sentiments et parler à mon mari avant de développer une relation d'intimité.

    Merci de me lire!

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  20. je relis ton texte et les com et je trouve que tu as eu bien du courage et que tu es quelqu'un d bien
    nul n'est en droit de juger ou condamner juste écouter pour apprendre juste apprendre
    bises

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  21. Chère Lilia,

    Toujours contente de voir cette petite photo dans les com.

    Oui, je suis une bonne personne. C'est sûrement pour cette raison que partir m'a fait mal. Quitter son passé et son avenir c'est difficile.

    Un mois plus tard, j'ai été hospitalisée 10 jrs, pour une mononucléose avec ictère. Un choc ou autre?

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  22. Grimimi Sue, j'ai remarqué que tu étais venu me voir sur ma nouvelle page mais le lien (le mien) sur ton blogroll est resté le même...

    Voici le nouveau lien : http://taximan535.blogspot.com/

    Merci ! :-)

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  23. Tu es un vrai coeur Jean-François de me laisser ce gentil mot pour me rappeler de le changer.

    Merci du détour et à bientôt...

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