mardi 17 novembre 2009

Es-tu grande fille?




Novembre 2005
"Pluche" un soir de pluie!

C'est cette toute petite question posée par l'optométriste lors de mon examen annuel qui a mis maman dans tous ses états. J'avais entre onze et douze ans et je connaissais bien cette expression. Maman disait depuis que j'étais toute petite : « Sue, fais ta grande fille.» J'ai hésité avant de répondre...parce qu'il fallait dire la vérité. Maman était là près du docteur. Pourquoi me demandait-il cette question?

Je devais répondre, je n'avais pas le choix et c'est là, timide et craintive, que je lui ai dit au docteur qui attendait ma réponse : « Pas toujours, parfois c'est moi qui fais la chicane chez nous.» Il a eu l'air étonné et a murmuré: « Ah oui...» Il y avait dans ces deux mots comme un sous-entendu et je me sentais encore plus mal à l'aise.

Je me revois encore sur le coin de la rue avec ma mère. On attendait l'autobus pour retourner à la maison, c'était le silence total, et soudain, maman a dit: « Qu'est-ce que tu as répondu au docteur? » Que parfois c'était moi qui faisais la chicane. Il faut que je précise que maman était sourde d'une oreille suite à une méningite lorsqu'elle était enfant.

Alors, seules sur le coin de la rue, le soir vers 20h00, elle a commencé à m'expliquer l'expression "Être grande fille". C'était une bonne mère, travaillante, propre, généreuse, toujours présente. Mais, parce qu'il n'y a jamais personne de parfait, elle était ni maternante, ni chaleureuse, ni ouverte, ni comique mais était capable de te faire sentir coupable. Plutôt que de mettre des mots elle a fait des gestes pour expliquer avec peu de mots que bientôt, à tous les mois, j'aurais mes règles et c'est comme ça que je deviendrais une femme. Enfin, toutes les deux sauvées par l'autobus qui arrivait, ma leçon 101 sur l'anatomie féminine a pris fin. De cette soirée là jusqu'au fameux jour J, j'ai pensé que l'écoulement viendrait de mes futurs seins parce que les mains de ma mère s'étaient promenées à cette hauteur durant la démonstration. Incroyalble mais vrai!

Lorsque j'ai consulté ma psy pour le rejet par mes enfants, je lui ai parlé de mon enfance évidemment... Le message envoyé par maman je le décodais et ça donnait : « Si tu es raisonnable, si tu fais ta grande fille, maman va être contente et elle va t'aimer...»

Je me suis appliquée et je suis devenue "perfectionniste" ce qui s'est traduit à peu près comme ça. Au jardin d'enfance (5 ans), j'ai joué la Grand-Mère dans la pièce de théâtre "Voulez-vous danser Grand-Mère", puis j'étais l'Ange dans la procession de la Fête-Dieu, le prêtre dans une pièce de théâtre où on jouait la messe.... J'avais la médaille or accroché à ma robe pour mon bon rendement et mes résultats scolaires. Si je perdais la médaille parce que j'arrivais deuxième, j'étais déçue et je travaillais plus fort pour la reprendre.

Je me suis mariée avec le frère de mon amie, je venais d'avoir 17 ans et lui 24 ans. Quelques mois avant le mariage maman m'a dit: «Je n'irai pas chez vous parce qu'on va enjamber les tas.» Cette phrase blessante m'a marquée au fer rouge et la petite perfecionniste est devenue LA perfectionniste. J'étendais ma lessive sur une corde à linge à l'extérieur. Après avoir épinglé 3 serviettes rayées rose, 3 rayées jaune, si j'en retrouvais une rayée rose, j'enlevais les 3 jaune pour épingler la rose. C'était maladif ce comportement mais j'étais incapable de faire autrement. Je ris... (parfois jaune) en tapant ce billet. Tout doit être à sa place, par couleurs, du plus pâle au plus foncé, jamais de couleurs mélangées, manches courtes, manches longues, etc... Depuis que j'ai confié ce secret à ma psy, je me suis beaucoup améliorée...

Mais il n'y a pas eu que cette conséquence à cette petite phrase bien anodine. J'ai toujours fait les choses pour être aimée. Avec ma famille, mes amis/es et au travail, Sue était toujours souriante et gentille. Ce qui envoyait ce message à mon entourage « Demandez à Sue, elle est bonne, elle est capable... J'héritais des rideaux à confectionner, des enfants à garder, des tâches à terminer, des salles de bains à tapisser, des fleurs à planter et des décorations à trouver. Un jour, "ma psy" m'a dit : « Sue vous allez commencer à dire NON. Vous avec 63 ans, il est temps d'arrêter de toujours donner votre approbation à tout le monde. À partir d'aujourd'hui, si votre fils M... vous invite au restaurant comme il l'a fait à la Fête des Mères et qu'il vous parle encore pendant 1h30 de la fission nucléaire, ou autre, après 10 minutes seulement, vous lui direz: M... c'est peut-être très intéressant pour toi mais moi ça ne m'intéresse pas vraiment, on peux-tu parler d'autre chose? »

Et c'est ce que j'ai doucement fait. Je suis moins entourée mais mieux entourée. Parce que mes deux fils m'ont rejetée, je suis devenue maintenant une femme plus authentique et fière de l'être. Je ne regrette jamais la Sue d'avant...

P.S. Un jour d'été, j'étais au resto avec papa et j'avais mal au ventre. Il m'a retournée à la maison. Lorsqu'il y a eu une livraison à faire, il a appelé maman mais j'étais couchée. Enfin, maman sortirait.... Dès son départ, je me suis levée. Tante Alice demeurait avec nous et était en vacances (Merci et encore Merci). Bien installée devant la planche à repasser, je lui ai dit : « J'ai sali 5 petites culottes.» Elle s'est levée, a pris le téléphone et j'ai entendu : « Rosaire, donne tout ce qu'il faut à Armance, ta fille est "grande fille" Et voilà, c'était donc ÇA! J'avais été incapable de le dire à ma mère parce que j'avais peur qu'elle pense que je m'étais touchée.

J'ai déjà commencé le Processus du Phénix...


18 commentaires:

  1. C terrible ce qu'on peut faire à l'enfant par nos silences et oes paroles, ces sous entendus et allusions mais heureusement douce SUE tu en es guérie même si tu as 62 ANS OU CENT l'essentiel c de gouter au plaisir d'être soi même et non dicté par ces pulsions nocives qui viennent de l'enfance
    un gavage en non stop qui fait de nous plus tard des adultes incomplètement sortis d leur enfance seuls terriblement seuls
    voilà je voulais te dire cela en ce long message mais je comprends que ton blog te soit plus qu'un blog un sorte de thérapie alors lève toi et marche sans aucune honte ni hésitation tu es sur le bon chemin

    RépondreSupprimer
  2. Renaître de ses cendres... Et c'est tellement beau un Phénix !

    Je retiens un phrase plus que tout de ce texte poignant. "J'ai toujours fait les choses pour être aimée"... J'ai fait cela pendant si longtemps moi aussi ! Et c'est aussi chez le psy que j'ai réussi à changer ce fait.

    Même ton exemple de la corde à linge me rappelle des souvenirs. Parce que je faisais la même chose...

    Étrange la vie parfois...

    RépondreSupprimer
  3. Lilia,

    Un évènement te brise mais cette brisure, si tu es attentive, sera un voyage difficile mais nécessaire vers la sagesse qui te permettra de renaître.

    Merci du fond du coeur de partager et de m'épauler dans mon cheminement.

    RépondreSupprimer
  4. Belle Lionne,

    Je trouvais beaucoup d'intérêt dans tes billets et ce n'était pas pour rien. Les similitudes nous rejoignent...

    Merci pour ce bout de thérapie.

    J'ajouterai dans 10 min. un P.S. à mon billet

    RépondreSupprimer
  5. Dans ce temps-là on ne parlait pas de ces choses là, nos mères ne pouvaient pas dire ce qu'elles n'avaient pas appris elles non plus.

    RépondreSupprimer
  6. Comme je te comprends.

    Ma mère ne m'a rien dit jusqu'à ce que ça arrive. Et puis mes parents étaient chrétiens strictes et c'était toujours "soit belle et tais-toi!".

    Par conte c'est en thérapie que j'ai réussit à me débarrasser de "la Jane d'avant"!

    RépondreSupprimer
  7. Oui Solange,

    Tu as raison. Nos mères ne parlaient pas de ces sujets-là.

    Pourtant, plus tard, j'ai des cousines qui m'ont dit que leur mére (la soeur de ma mère) les avaient informées. Pourtant on parle de la même époque.

    Encore aujourd'hui, il y a des femmes dépendantes, introvertie, renfermée ou, malheureusement, pas intéressée à ce que leur fille soit avisée pour mieux se protéger.

    RépondreSupprimer
  8. Bonjour Jane,

    C'est en consultant que l'on apprend les raisons de nos comportements compulsifs, abusifs ou simplement destructifs...

    Je crois qu'un bonne thérapie est nécessaire pour mettre au jour un coeur sans peur.

    Merci du détour, c'est vraiment gentil.

    La nouvelle Sue xox

    RépondreSupprimer
  9. Malheureusement, chassez le sexisme et il revient au galop, souvent invité par des femmes elles-mêmes.

    On ne fait pas les liens nécessaires pour changer ces modèles cul-de-sac. Une femme c'est sale, le sang, c'est sale et en plus, ça devient dangereux car la fille (par sa seule existence, fautive) attire les méchants hommes incontrôlables. S'il fallait se retrouver avec un bâtard (autrefois) ou un bébé (aujourd'hui), quelle honte! C'est tellement moins de problème un garçon.

    L'ignorance, clé planétaire du contrôle des femmes, surtout, de la domination masculine à court terme, du coup, et clé de ...plus d'ignorance encore.

    Il n'y a pas si longtemps, on croyait que les bébés n'éprouvaient pas la douleur, que les enfants ne ressentaient pas de souffrance morale, ne comprenaient pas ce qui se passait autour d'eux. Ce sont pourtant, comme on le sait maintenant, des éponges.

    Il y a peu de temps, on croyait que les femmes étaient comme des enfants et ne possédaient pas de pensée propre, de cheminement intellectuel, pas d'intelligence abstraite. Bonnes pour le ménage et servir leur propriétaire mâle.

    Je te souhaite énormément de temps devant toi à savourer qui tu es devenue et qui tu deviens jour après jour.

    Zed xox



    emè

    RépondreSupprimer
  10. Chère Zed,

    Merci d'être passée par ici ce soir.
    Ton commentaire met du baume sur les blessures de l'âme et du coeur de toutes les femmes qui ont vécu de telles situations.

    On a le droit à l'erreur qu'on soit parents ou enfants mais si on n'apprend pas là il y a vraiment aucune excuse.

    Mon fils m'a raconté cette histoire

    - Ma petite-fille de 9 ans fait un rêve dans lequel elle est enceinte. Elle se réveille et pleure.
    - Il est 01h10, sa mère se lève.
    "Ma Puce" raconte... et sa mère répond: « Dors, tu es trop jeune tu ne peux pas être enceinte. »

    Rassurant cette réponse pour un enfant de 9 1/2 ans, n'est-ce pas?

    - Le lendemain matin. Sa mère lui demande qui lui a parlé du mot enceinte.
    - "Ma Puce répond: «Grimimi»

    J'ai reçu cet appel de mon fils qui me disait: « Maman tu as enlevé à I.. son privilège qu'elle avait d'informer sa fille.

    Je n'avais jamais parlé de ce sujet avec ma petite-fille (je connaissais trop bien sa mère.)

    - Ma psy a dit: Si sa mère n'a pas fait son travail d'éducatrice quand c'était le temps (+/- 8 ans), elle ne peut que se blâmer car aujourd'hui, les enfants apprennent tout sur la sexualité, très tôt, à l'école...

    Cette femme est pire que plusieurs femmes de mon époque...
    Elle a 37 ans seulement, est sur le marché du travail et regarde beaucoup la télé... J'y reviendrai dans un billet.

    RépondreSupprimer
  11. Bonjour Grimimi Sue
    Un gros merci à toi de m'avoir trouvée. Ce dernier billet me touche beaucoup. J'ai 61 ans et je trouve tellement de similitudes avec ce que j'ai vécu.
    Je reviendrai te lire et à bientôt

    Gelisa

    RépondreSupprimer
  12. Merci Gelisa,

    Partager tous ces souvenirs c'est aussi me libérer.

    Ma thérapie continue...et peut être profitera-t-elle à d'autres.

    Je crois que nos chemins se croiseront régulièrement.

    RépondreSupprimer
  13. Bonjour Grimimi!
    J'ai abouti ici par hasard, en lisant un commentaire laissé sur un blogue. Je suis atristée par cette histoire.
    Il est vrai qu'on ne devrait jamais éloigner les grands-parents ( et vice-versa)des petits enfants.
    Je suis trrrrrès heureuse que ma mère et son conjoint déménagent près de nous parce qu'il y a une belle et grande place pour eux dans nos vies. Cette place y est depuis toujours mais la distance jouait contre nous. Maintenant que tout ces km sont révolus, il n'y a rien de mieux que d'entendre ''Mamiiiiiiiie'' quand la porte ouvre. Les grands-parents sont des êtres précieux et des sources d'informations, de plaisir, de gâteries, de patience et de bonheur incroyable. Ce semble être une grande croisade mais vos petits enfants en sont ou seront reconnaissant, c'est certain. On ne peut être insensssible à tout cet amour.

    Bonne route!

    La maman du bébé

    RépondreSupprimer
  14. Bonjour Monsieur Émilien,

    C'est un grand bonheur pour moi de savoir que bientôt ta Mamie viendra te voir souvent. Tu es bien chanceux et elle aussi.
    Donne-lui un gros bisou de la part de Grimimi Sue.

    Monsieur Émilien, dis à ta maman qu'elle m'a offert un très beau cadeau aujourd'hui.

    Merci à la maman pour sa sensibilité à la cause des grands-parents et petits-enfants séparés.

    Au plaisir de se retrouver! Grimimi xoxo

    RépondreSupprimer
  15. Quand la communication entre les mamans et les mamies existe, c'est le petit enfant qui en est l'heureux et le principal bénéficiaire: "Les gens que j'aime s'aiment et se parlent alors je suis heureux..."
    Encore faut-il que les mamans veuillent communiquer avec les mamies de leurs enfants...

    Rien n'est pire que l'inconnu pour un enfant et parfois, ce sont les grands-parents qui sont les plus "doués" pour lever le voile...

    "Grand-parent" veut bien dire "grand parent (sans trait d'union!)", non?

    Salut amical à tous les grands-parents (j'adhère au club dans quelques semaines!!!)

    RépondreSupprimer
  16. Epamin'

    Toujours aussi tendre et douce.
    La "maman" et la "grand-maman" que tout enfant mérite. Tu es si réconfortante et généreuse. Te lire me détend et m'apaise.

    - Hier soir, j'ai laissé un message à T... mon petit-fils de 9 ans.
    - À 6h45 ce matin, il m'appelle.
    - Je réponds, endormie, et lui demande T... quelle heure est-il?
    - Grimimi tu m'as dit que je pouvais appeler à n'importe quelle heure si j'avais besoin de toi. Je suis malade, je n'irai pas à l'école et maman veut que j'aille me faire garder chez Loulou (la voisine) mais moi j'aime mieux aller chez toi.
    - Viens vite, je t'attends mon coeur.

    - Sa mère: Est-ce que ça te dérange?

    Pourtant, j'ai bien expliqué à mon fils que c'est un plaisir pour moi qu'il vienne et s'il reste à coucher c'est le Bonheur!

    Pendant 2 ans, je n'ai eu aucun contact avec cet enfant.
    - Un jour, j'avais dit à mon fils M...,: « T... a plus de 6 ans, L... ne devrait plus coucher avec lui...
    - Je sais. On en a parlé. Elle m'avait dit que dès l'entrée des classes...mais 3 semaines plus tard, ça recommençait. Si je lui en reparle, c'est la crise.

    Peut-être qu'il lui a raconté notre conversation. Pendant, 19 ans, elle avait toujours reçu mon approbation, mais le jour où j'ai parlé, j'ai reçu la pire des punitions.

    Doit-on continuer de se taire et voir notre famille ou parler et se faire punir?

    Merci de prendre le temps...

    RépondreSupprimer
  17. Grimmimi Sue,
    je n'ai pas vécu ce genre de chose avec ma maman mais je peux avoir une petite idée des répercussions engendrées par ce genre de propos.

    D'une petite fille qui est partie de la révolution tranquille à la lumière...

    RépondreSupprimer
  18. Nanou,

    Te voir dans mes com ce soir, c'est la joie.
    Je me posais des questions depuis quelques jours...
    J'aime beaucoup la lumière et je ferai tout pour ne jamais la perdre.

    Merci d'être passée et à bientôt

    RépondreSupprimer

Ne partez pas... sans laisser une trace de votre passage.
MERCI !

Related Posts with Thumbnails