mardi 13 octobre 2009

Jamais je ne t'oublierai...


Cher Papa.  Aujourd'hui, en me levant, j'ai tout de suite pensé à toi et j'ai souri. Je me suis rappelée tous ces étés passés avec toi au restaurant plutôt que d'être avec mes amies à m'amuser. On était en 1954, l'année de mes 11 ans. Tu venais d'acheter ce petit dépanneur qui ne pouvait pas faire vivre une famille de 5 enfants (G. 16 ans, C. 13, moi, M. 6 et D. 4). Mais, tu avais des projets...

Au début, on se chicanait (Georges, Claude et moi) pour répondre aux rares clients mais ça n'allait pas durer très longtemps. Deux ans plus tard, tu as fait transformé ce petit local en le rénovant et en installant un comptoir et 7 tabourets pour servir des repas. On a emménagé dans le logement arrière où il n'y avait aucune commodité en plus d'être trop petit (tu as même dû vendre le piano). Les heures d'ouverture étaient de 7 hres à 23 hres, 7 jours semaine et tout le monde avait ses responsabilités.
On ne nous demandait pas notre avis, pourtant, il y a eu un prix à payer... Fini le piano après la messe du dimanche, les sorties familiales, les amies et la visite, et on ne pourrait plus échanger autour de la table...

On faisait la livraison des dîners dans les usines tout près ce qui nous obligeait C. et moi à revenir de l'école en courant. Après l'école on devait livrer "La Presse" et autres journaux, les commandes à domicile, même si c'était l'heure de regarder "La famille Plouffe" la seule émission que j'aimais parce que je trouvais Napoléon super beau (mes amies aimaient Guillaume).

Mais, j'avais trouver un endroit où je pouvais aller parler et rire. C'était chez notre voisine, la mère de mon amie Lorraine. Parfois son frère nous accompagnait au cinéma. À l'été 58, j'avais 15 ans et le frère de Lorraine m'a invitée au cinéma sans elle, maman a accepté. J'allais régulièrement au chalet avec eux, leur mère était toujours là et elle m'aimait beaucoup. Un mois avant la rentrée scolaire, maman m'a dit que je devais laisser M. si je voulais continuer mes études. J'avais terminé ma 9ième année avec une moyenne de 89% et je voulais poursuivre. J'aimais l'école mais j'ai choisi le chum. Maman ne croyait pas aux études pour les filles. Elle disait: «Pour laver des couches et des planchers, tu n'as pas besoin d'intruction».

J'ai trouvé un emploi à l'hopital Notre-Dame, ensuite dans un bureau d'avocats et chez Biscuiterie David. Là encore, maman m'a dit que je devais laisser mon emploi avant de me marier. «Si M. n'est pas capable de te faire vivre, tu ne dois pas te marier.» J'ai laissé mon emploi fin juillet et je me suis mariée le 27 août 1960. J'avais fêté mes 17 ans le 12 août. Deux ans plus tard naissait M.. et en 1965 S...

En 1973, maman est tombée malade, tu as dû fermer le restaurant et vous êtes venus, maman, toi, M. et D., vous installer chez nous pour 2 mois, puis nous avons trouvé un logement à louer juste à côté. Pendant ce temps, le restaurant a été transformé en dépanneur et Jean-Guy Lavigueur, notre ancien voisin, a gagné la loterie du 6/49 dans l'ancien restaurant devenu dépanneur...

Jusqu'à l'âge de 32 ans, je me suis souvent posée des questions mais sans jamais questionner les autres. J'avais un vide immense qui était invisible et qui me rendait parfois malheureuse. Le plus difficile était de trouver la raison. J'avais un bon mari, 2 enfants que j'aimais, des amies sincères, une famille aimante.
Où était le problème papa?

Mon père, né le 2 octobre 1910, est mort subitement le 12 octobre 1977. Il avait 67 ans et je l'aimais... J'avais 34 ans.

«Au milieu du chemin de ma vie je me suis retrouvée 
par une forêt obscure car la voie droite était perdue» 
Dante Alighieri.

6 commentaires:

  1. C'était une autre époque, comme les temps ont changé ! Ma mère a dû cesser de travailler en 1957 parce que'elle se mariait. Elle était enseignante... Plus personne ne fait cela aujourd'hui ! Pourtant il me semble que c'était il n'y a pas si longtemps...

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  2. Comme votre petite histoire me semble familière. Mon grand-père tenait un petit resto pendant la crise pour joindre les deux bouts et passait aussi le journal avec ma mère. Mon arrière-grand-mère disait à ma grand-mère: "Pas besoin d'aller à l'école pour laver des couches". Maman, me parlait souvent des Plouffes. Lorsque ma mère s'est mariée, mon arrière-grand-mère lui a finalement dit: " Sois plus intelligente que moi ma petite fille, fais pas 14 enfants!"
    Vous ne l'avez pas vécu facile. Nos enfants ne savent pas la chance qu'ils ont...

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  3. Lionne,
    J'entends encore des femmes prétendre que c'est mieux pour les enfants que leur mère reste à la maison. Il ne faut surtout pas généraliser. Dans les 2 cas, il y aura des enfants heureux ou malheureux sans que la faute incombe à qui que ce soit. Es-tu d'accord avec cette idée?

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  4. Nanou La Terre,
    Quand j'entends, "C'était le bon temps...". Je crois que les gens ont la mémoire courte. Nos mères, grans-mères et toutes celles avant elles ont tellement travaillé dur. Il ne faudrait jamais oubllier toutes ces femmes, avant nous, qui ont lutté pour obtenir le droit de vote et le droit à l'égalité.

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  5. C'est bien pour cela que je trouve si déplorable le retour en force de toutes ces « cromignonnes » qui croient se libérer et s'affirmer en attirant (encore!!!) le regard des hommes, qui croient (encore) que, ce faisant, elles maitrisent « leur » sexualité et sont libérées des contraintes sociales.

    J'aime notre époque quand elle continue à avancer, à progresser. Non seulement la mémoire, mais le respect de ces autres, femmes et hommes, qui se battent pour avoir un peu de cette reconnaissance de l'égalité que tant d'entre nous jettent à la poubelle comme un vieux déchet périmé.

    Je crois à l'équipe où chaque membre partage toutes les tâches nécessaires à la famille et non pas aux rôles attribués enfermant chacun et perpétuant l'incompréhension et la grande misère sur le plan communicationnel, entre autre.

    Zed - Merci pour ce partage.

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  6. Zed,
    Récemment, une femme qui était grand-maman depuis peu, m'as dit ce que sa mère lui avait dit un jour. «Quand tu seras grand-mère, si tu veux voir tes petits-enfants, ne parles pas.

    Mais aujourd'hui on est en l'an 2000 et +. Peut-on être authentique seulement quand on blogue?

    Plus ça change, plus c'est pareil. Je croyais que c'était juste un vieux dicton...

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